Saturday, 27 December 2008

Mauvais procès à La Haye


Le Monde - 27 décembre 2008

Une justice partiale égarée dans un procès biaisé : telle est l'image que l'opinion risque de retenir du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) si ses magistrats s'obstinent à poursuivre Florence Hartmann, ancienne porte-parole de la procureure Carla Del Ponte (d'octobre 2000 à octobre 2006).

La journaliste française aurait-elle perpétré dans les Balkans un des crimes contre l'humanité que cette juridiction a la charge de châtier ? Sinon, quel méfait a-t-elle pu commettre pour comparaître à La Haye parmi les théoriciens et les praticiens de la "purification ethnique", encourant jusqu'à sept ans d'emprisonnement ou 100 000 euros d'amende ? Recèle-t-elle un secret si terrible que ses juges soient fondés à exiger un jugement à huis clos ? L'ex-collaboratrice du Monde est inculpée d'"outrage à la Cour", au motif qu'elle aurait enfreint une obligation de confidentialité. L'acte d'accusation du 27 août 2008 prétend qu'elle aurait "sciemment et volontairement divulgué de l'information en violation consciente d'un ordre de la Chambre".

Florence Hartmann n'a pas violé le secret de l'instruction ni dévoilé des noms de témoins protégés. Elle a seulement discuté les motivations des magistrats qui décidèrent de restreindre l'accès aux archives de Belgrade, y compris aux victimes. Les écrits reprochés figurent dans son livre Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales (Flammarion, 2007) et dans un article paru le 21 janvier 2008 sur le site du Bosnian Institute. Les faits qu'on l'accuse d'avoir divulgués bien après avoir quitté ses fonctions au Tribunal faisaient en réalité l'objet de controverses publiques dès le 26 février 2007.

Un arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ), organe des Nations unies qui se prononce sur les litiges entre les Etats et siège également à La Haye, déclarait alors que la Serbie "n'a pas participé à une entente en vue de commettre le génocide, ni n'a incité à commettre le génocide" en Bosnie-Herzégovine entre 1992 à 1995. La CIJ concédait que la Serbie avait violé la convention de 1951 qui lui faisait obligation de "prévenir le génocide" à Srebrenica en juillet 1995 et de poursuivre son principal exécutant, le général Ratko Mladic, en vue de le transférer devant le TPIY. Mais elle exonérait cet Etat de toute autre responsabilité, en arguant n'avoir pas connaissance d'une preuve matérielle de son implication.

Tout indique pourtant que de telles preuves gisaient comme des pièces à conviction dans les cartons du TPIY, voisin de la Cour. De l'avis des avocats qui les ont consultées, même amputées de leurs passages les plus compromettants, les archives du Conseil suprême de défense de la Serbie-Monténégro, que ce Tribunal avait obtenues de haute lutte en 2003 dans le cadre du procès Milosevic, révélaient la contribution de la Serbie aussi bien aux crimes de l'épuration ethnique qu'aux massacres de Srebrenica.

Deux juges de la CIJ l'avancèrent d'ailleurs dans leurs opinions dissidentes : l'Algérien Ahmed Mahiou et le Jordanien Awn Shawkat Al-Khasawneh, vice-président de la Cour. Mais voilà : soumis l'un et l'autre aux fortes pressions de Belgrade - et vraisemblablement d'autres capitales européennes -, la CIJ n'a pas demandé ces archives et le TPIY n'a pas pris l'initiative de les lui transmettre. Les juges du TPIY ont, du reste, reconnu dans un second temps que la confidentialité au titre de "l'intérêt vital national" avait été abusivement consentie à Belgrade.

Ainsi l'Etat serbe a-t-il échappé à un verdict qui l'aurait exposé à quantité de demandes de réparation en argent. Beaucoup de juristes considèrent que la CIJ a commis une erreur de droit lourde de conséquences en rendant un arbitrage qui ferme la voie aux plaintes des victimes ou de leurs familles. Une large partie de l'opinion publique fut ébranlée par ce jugement, rendu sans un regard sur les éléments décisifs.

Délaissées, les victimes ont voulu comprendre pourquoi une instance créée pour leur rendre justice avait ménagé les intérêts des protecteurs de leurs bourreaux. En avril 2007, elles entendirent rapporter par diverses sources que Carla Del Ponte aurait elle-même consenti ces garanties à Belgrade en échange des archives convoitées. L'enquête de Florence Hartmann montre combien cette rumeur était infondée. Les juges du TPIY, qui étaient bien placés pour le savoir, s'abstinrent de démentir ces allégations, tant que les critiques ne les visaient pas en personne. En revanche, une fois leur intervention évoquée dans l'occultation des documents, ils ont dénoncé l'"outrage", et signifié que leurs accords avec le gouvernement serbe ne souffraient nulle discussion.

Florence Hartmann n'a donc pas déclenché la polémique sur le sort des comptes rendus du Conseil suprême de défense. Elle ne fut pas la première, loin de là, à faire savoir que le TPIY avait posé les scellés sur des pièces dont la consultation aurait dû entraîner la condamnation de la Serbie, de même qu'elles auraient établi la culpabilité de Slobodan Milosevic si son décès n'avait empêché de conclure son procès. En soulignant les motifs politiques de cette décision, elle n'a fait qu'exercer son droit de citoyenne et son devoir de journaliste en examinant les tenants et aboutissants d'une cause publique. Elle a combattu cette prime à l'impunité qu'aurait constitué la dissimulation de faits majeurs relatifs à un génocide. L'autorité de son argumentation n'émane pas de sa proximité passée avec le dossier, elle découle de la solidité de son travail journalistique.

Doit-on la punir pour s'être montrée logique et compétente dans ses analyses ? Et faut-il interdire à quiconque de commenter la décision d'un tribunal dont les arrêts ne sont par ailleurs susceptibles d'aucun recours ? Nous estimons au contraire que la justice internationale, dont nous avons toujours défendu la mission, se renforcera dans son combat contre l'impunité en favorisant la plus large réflexion sur son rôle et son fonctionnement. Il y va de sa crédibilité. La regrettable décision des magistrats de La Haye de juger Florence Hartmann à huis clos risque de répandre dans l'opinion le sentiment qu'il s'agit d'une de ces juridictions d'exception qui refusent au prévenu la publicité d'un débat contradictoire.

S'il veut triompher de ses détracteurs durant cette phase finale et cruciale de son mandat, le TPIY doit pleinement s'approprier les principes de transparence dont la liberté de la presse constitue l'ultime garantie. En attendant que la nouvelle Cour pénale internationale (CPI) prenne leur relais dans la difficile entreprise de poursuivre les crimes contre l'humanité, les magistrats du TPIY ont mieux à faire que de bâillonner la liberté de la presse. L'opinion internationale attend qu'ils mènent de manière exemplaire le procès de Radovan Karadzic et qu'ils hâtent l'arrestation de Ratko Mladic. En agissant de la sorte, ils assureront mieux leur réputation devant la postérité qu'en accablant une femme qui fait scrupuleusement son métier d'informer.

Antoine Garapon, magistrat, secrétaire général de l'Institut des hautes études sur la justic

Louis Joinet, magistrat, premier avocat général à la Cour de cassation (honoraire), ancien expert indépendant auprès des Nations unies.

Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique à l'université Paris-Ouest-Nanterre.

Source: Le Monde (édition du 28.12.2008) et Le Monde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/27/mauvais-proces-a-la-haye_1135729_3232.html

Friday, 19 December 2008

La Grèce s'enflamme à nouveau, Athènes minée par les violences


Le Point.fr - 19 décembre 2008

De nouveaux débordements ont eu lieu vendredi à Athènes, au 14e jour de la mobilisation contre la mort de l'adolescent, tué le 6 décembre par un policier . Une vingtaine de jeunes ont ainsi fait irruption vendredi midi dans la cour de l'Institut français, où ils ont brisé des vitres et lancé un cocktail Molotov, provoquant un début d'incendie. Aucune personne n'a été blessée durant l'attaque, qui a duré environ cinq minutes, selon une source diplomatique française. Les jeunes, cagoulés, ont ceinturé le gardien, sans le malmener, et brisé les vitres de sa guérite à l'entrée, ainsi que du café et du hall de l'Institut, a précisé la même source. L'Institut français d'Athènes, chargé notamment de l'action culturelle et où sont dispensés des cours de français, dépend de l'ambassade française en Grèce.

Jeudi, à l'issue d'une manifestation de près de 5.000 lycéens et étudiants, des affrontements ont déjà éclaté entre les jeunes et les policiers. En outre, un groupe de casseurs a tenté de briser un cordon des forces anti-émeutes devant le Parlement et les forces de l'ordre les ont repoussés par des tirs de gaz lacrymogènes. Ils les ont alors bombardés d'oranges et les violences ont rapidement cessé. Mais peu après, un petit groupe d'une cinquantaine d'individus masqués a mis le feu à des poubelles et à trois voitures, devant le siège de l'université d'Athènes, point de ralliement des contestations.

La police, qui paraissait débordée, a effectué de nombreux tirs de sommation, rendant l'atmosphère suffocante dans tout le quartier. Les fauteurs de trouble se sont ensuite dirigés vers la faculté de droit, située à proximité, devant laquelle ils ont incendié des chaises et tables prises sur des terrasses de café proches. Massées à plus d'une centaine de mètres, d'importantes forces les observaient sans intervenir. Un autre petit groupe a tenté en milieu d'après-midi de s'en prendre à un sapin de Noël installé sur la place Syntagma, devant le Parlement, mais a été maîtrisé. D'autres opposants ont ensuite accroché aux branches quelques tracts évoquant le décès d'Alexis Grigoropoulos, âgé de 15 ans. L'arbre avait été réinstallé mardi par la mairie après la destruction d'un premier sapin, parti en fumée après les batailles rangées de la semaine dernière.

Un lycéen blessé par balle

La contestation de jeudi, mise sur pied par les syndicats des professeurs, des unions de lycéens et d'étudiants et d'organisations de gauche, a été précédée d'un défilé à l'appel du parti communiste grec (KKE), qui s'est conclu dans le calme devant le Parlement. Quelques centaines d'immigrés se sont par ailleurs massés en début de soirée devant le Parlement pour protester contre la politique européenne d'immigration, sous une banderole appelant à la "citoyenneté pour tous les migrants", à l'appel d'organisations antiracistes et d'associations d'immigrés. Par ailleurs, la Fédération de la fonction publique (ADEDY) a observé un arrêt de travail de trois heures en début d'après-midi pour protester contre la politique "d'austérité" du gouvernement de droite, avant le vote prévu dimanche au Parlement du projet de budget pour 2009.

Un lycéen a en outre été légèrement blessé mercredi soir par une balle tirée par une personne non identifiée, alors qu'il discutait avec d'autres camarades à environ 200 mètres de son établissement à Peristeri, dans la banlieue ouest d'Athènes. Le garçon, âgé de 16 ans, a été touché au poignet dans une rue piétonnière du quartier. La police a affirmé qu'aucun de ses éléments ne se trouvait dans cette zone au moment de l'incident. À Salonique, deuxième ville de Grèce, environ 300 personnes sont descendues dans la rue en début d'après-midi, tandis que des groupes de jeunes ont occupé pendant quelques minutes les locaux de deux radios privées. En revanche, les manifestations de solidarité en Europe avec le mouvement des étudiants grecs n'ont recueilli qu'un faible écho : seulement une centaine de personnes ont battu le pavé jeudi dans le centre de Berlin.

Source: Le Point.fr avec agence
URL: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/la-grece-s-enflamme-a-nouveau-athenes-minee-par-les-violences/924/0/301190

Veto slovène à la poursuite des négociations d'adhésion de la Croatie à l'UE


Yahoo Actualités - 18 décembre 2008

Bojan KAVCIC

La Slovénie s'est opposée mercredi à la poursuite des négociations d'adhésion de la Croatie à l'Union européenne et a une nouvelle fois contesté les frontières terrestres et maritimes entre les deux pays telles qu'elles sont inscrites dans des documents présentés par Zagreb aux autorités européennes.

"La Slovénie ne donnera son accord qu'à l'ouverture d'un nouveau chapitre (...) et a des réserves concernant sept chapitres (de négociations à l'adhésion) parce que les documents présentés par la Croatie pourraient préjuger du tracé de la frontière commune (entre les deux pays)", a indiqué le Premier ministre Borut Pahor à des journalistes à l'issue d'une réunion à Ljubljana du gouvernement et des partis d'opposition sur ce sujet.

Gouvernement et opposition se sont réunis pour préparer la position slovène pour la conférence intergouvernementale des 27 avec la Croatie vendredi à Bruxelles, qui devait permettre de poursuivre les négociations d'adhésion avec l'ouverture de nouveaux chapitres de discussion.

La coalition de centre-gauche au pouvoir et l'opposition de droite sont d'accord sur cette position de fermeté vis-à-vis de Zagreb, qui négocie depuis octobre 2005 son adhésion à l'Union européenne, alors que la Slovénie est entrée dans l'UE en 2004.

Dans une première réaction, la présidente d'un comité parlementaire croate qui surveille ce processus d'adhésion, Vesna Pusic, a parlé de "mauvaise décision pour nous et pour les relations croato-slovènes". "Elle produira les conséquences les plus nuisibles à long terme", a-t-elle dit.

Ce différend bilatéral, porté devant des instances d'arbitrage internationales, pèse depuis des mois sur les négociations d'élargissement dont le calendrier pourrait bien être remis en question. La Commission européenne aurait en effet souhaité boucler les discussions techniques fin 2009.

Or les Slovènes affirment que les documents présentés par Zagreb lors des négociations comprennent des cartes géographiques et des références qui fixent un tracé des frontières terrestres et maritimes entre les deux pays que Ljubljana conteste.

Les Slovènes craignent que si ces documents litigieux sont repris tels quels, avec ce tracé contesté, dans le futur traité d'adhésion de la Croatie, cela constitue un fait accompli inacceptable pour Ljubljana sur la question frontalière.

Pour débloquer la situation, le gouvernement slovène avait exigé la semaine dernière une lettre de Zagreb qui donne "suffisamment de garanties" sur le fait que ces documents litigieux ne préjugent pas d'un règlement futur du problème frontalier.

La présidence semestrielle française de l'UE avait, elle aussi, proposé un arrangement en ce sens, que Zagreb s'était dit prêt à accepter vendredi.

Au total, la Croatie, ancienne république yougoslave indépendante depuis 1991 comme la Slovénie, a déjà ouvert 21 des 35 chapitres thématiques de discussions pour mettre sa législation nationale en conformité avec celle de l'UE.

Le traité d'adhésion ne pourra être signé que lorsqu'il y aura eu accord sur tous les chapitres entre l'UE et Zagreb, qui table sur une adhésion à l'Union d'ici 2011.

La nouvelle réunion prévue vendredi à Bruxelles entre les représentants des 27 Etats membres de l'UE et les Croates devait permettre d'ouvrir une dizaine de nouveaux chapitres thématiques de négociations.

Mais le gouvernement slovène a émis de sérieuses réserves quant à l'ouverture de ces nouveaux chapitres, tout en soulignant qu'il était "intéressé à la conclusion des discussions d'accession de la Croatie avec l'UE", a déclaré M. Pahor. Il a espéré "que ces réserves puissent être levées lors de la présidence tchèque de l'UE" lors du premier semestre 2009, a-t-il indiqué.

Source: Yahoo Actualités avec AFP
URL: http://fr.news.yahoo.com/2/20081217/twl-veto-slovene-la-poursuite-des-negoci-c99dde2.html

Quand la rue grecque s'enflamme


L'Express.fr - 17 décembre 2008

Par Delphine Saubaber, Angélique Kourounis

A Athènes et dans de nombreuses villes, étudiants et émeutiers dénoncent en vrac la corruption, les injustices économiques et un système éducatif en panne. Face à une élite politique figée, ces protestataires inspirent une certaine indulgence dans un pays encore hanté par le souvenir de la dictature militaire.

Il a tombé la robe pour la tenue de combat et les cocktails Molotov. Attablé dans une taverne du quartier d'Exarchia, à Athènes, Pavlos grille des cigarettes à la chaîne. Cet avocat de 40 ans rentre tout juste de sa quatorzième manif de la semaine. Il a annulé tous ses procès, ne va plus au bureau que pour consulter, sur Internet, le site contestataire IndyMedia, dit qu'il aurait pu "tuer un flic dans la rue, les deux premiers jours", tellement la rage lui bouffait le coeur.

"Enfin, les choses bougent!" La mort d'Alexis, un jeune de 15 ans, tué le 6 décembre par un policier, a allumé un incendie en Grèce. Comme beaucoup, ce soir-là, Pavlos a été alerté par SMS. Et c'est là que tout s'est emballé: "J'ai cru que je devenais fou. J'ai foncé à l'Ecole polytechnique. Spontanément, on a tous décidé d'occuper les locaux." Tous. Les jeunes, les vieux, les encravatés, les "anars"... "Que les jeunes de 15 ans s'attaquent à des commissariats, reprend-il, c'est normal. Mais que leurs parents, leurs grands-parents défilent eux aussi dans la rue, imaginez". Après les feux de forêt mal éteints du Péloponnèse, en août 2007, l'heure est au brasier insurrectionnel.

Une jeunesse en panne d'avenir

"Si vous ne vivez pas ici, vous ne pouvez pas comprendre l'arbitraire des flics, continue Pavlos. Quand un autre jeune de 15 ans a été tué, en 1985, dans les mêmes circonstances, j'étais étudiant. Le salopard qui l'a descendu d'une balle dans le dos a écopé de deux ans avec sursis et il a été innocenté en appel. Aujourd'hui, rien n'a changé. C'est l'impunité totale." Enfin, pas pour tout le monde. C'est bien ça, le problème.

D'un côté, le chômage, qui culmine à 24,3% pour les 15-24 ans - le plus fort taux d'Europe. De l'autre, des salaires au plancher: "On ne voit pas d'avenir, soupire Eleni, une étudiante. Ma génération survit avec 700 euros par mois. Nos aînés se sont sacrifiés pour nous offrir des cours particuliers et une meilleure vie que la leur. Seulement, voilà, elle est plus dure..."

Si Athènes n'a pas regardé à la dépense pour le faste des Jeux olympiques de 2004, elle est nettement moins prodigue avec le budget d'un système éducatif au fonctionnement archaïque. A maintes reprises, lycéens et étudiants ont manifesté pour réclamer des crédits supplémentaires. Leur ressentiment est d'autant plus vif que les inégalités se sont creusées ces vingt dernières années, pendant le décollage économique rapide du pays.

"Nous, en plus, on a la corruption, à tous les niveaux, depuis trente ans"

"Chaque jour, des pauvres gars défilent dans mon bureau, explique Pavlos, l'avocat en colère. Leur maison est sur le point d'être saisie parce qu'ils ont 2000 euros de dettes, quand des millions sont détournés par l'Eglise et par les politiciens..." Ce sentiment d'injustice explique en partie la violence des troubles.

Dans la capitale, à Thessalonique et dans de nombreuses villes à travers le pays, des émeutiers se sont parfois livrés à une casse monumentale et organisée. Contre les magasins, mais aussi contre des banques ou les sièges flambant neufs des multinationales. Révélatrice, l'une des premières cibles des casseurs a été le centre d'archives bancaires, à Athènes, dans une ruelle proche de l'avenue Panepistimiou, où sont recensés tous les noms de ceux qui ont contracté un emprunt dans le pays.

Le 8 décembre, des milliers d'émeutiers se sont affrontés avec la police à Athènes et Thessalonique.

Les groupes d'extrême gauche s'en sont pris aussi aux supermarchés, sous l'oeil parfois indulgent de nombreux Grecs, comme si le salut devait venir par la rue, dans ce pays où l'élite politique apparaît figée et clanique, et où le souvenir des étudiants qui ont sonné le glas, dans les années 1970, de la terrible dictature des colonels hante encore les mémoires.

A l'Ecole polytechnique, noyau dur de la contestation, et au deuxième étage de la fac de droit, entre une infirmerie de fortune et une cantine d'urgence, les imprimantes crachent des milliers de tracts. Et l'heure, dit-on, est à la coordination avec les mouvements d'étudiants étrangers: "On a les mêmes problèmes que les autres, résume Georgos, un anarchiste de 35 ans, ouvrier du bâtiment. Seulement, nous, on a la corruption en plus, à tous les niveaux, depuis trente ans."

Voilà plusieurs mois que le Premier ministre conservateur Costas Caramanlis et ses alliés sont empêtrés dans une sombre affaire d'échanges immobiliers entre l'Etat grec et le très riche monastère de Vatopedi, sur le mont Athos, un petit territoire semi-autonome de l'Eglise orthodoxe. Pressé de démissionner par la gauche, le chef du gouvernement n'a pas l'intention de prendre une retraite anticipée, et prône, sans convaincre, "le consensus et le sang-froid". Pour la première fois en cinq ans, il voit la cote de son parti, la Nouvelle Démocratie, dépassée par celle de son grand rival socialiste, Georges Papandréou, qui tire profit de la situation. Alors? Les Caramanlis vont-ils partir? Et les Papandréou préparent-ils leur retour? "La belle affaire! ironise l'écrivain Petros Markaris, le Simenon grec. Où est le renouveau? Ça se calmera peut-être, pendant la durée des fêtes. Mais, à la moindre occasion, ça recommencera."

Mythique Polytechnique

L'Ecole polytechnique d'Athènes, où manifestants et casseurs se sont réfugiés pour fuir la police, tient une place particulière dans la mémoire collective des Grecs. C'est là, en novembre 1973, que des milliers d'étudiants ont tenu tête à la dictature des colonels (1967-1974). Le soir du 17, après trois jours de résistance, les chars sont entrés et la répression a été terrible. Le nombre exact de morts reste inconnu, mais, six mois plus tard, la dictature tombait. Depuis lors, l'Ecole polytechnique est devenue un sanctuaire inviolable. Et tout est resté en l'état: les impacts des balles sur les murs, la tête d'une statue décapitée par les tirs de l'armée... La porte principale de l'établissement ne s'ouvre qu'une fois par an, durant trois jours, du 14 au 17 novembre, le temps d'un hommage national "à la génération de Polytechnique". Du président de la République aux enfants de maternelle, chacun vient déposer un oeillet rouge au pied de la statue. Une grande marche sur l'ambassade américaine clôt les festivités... qui se terminent toujours par de violents affrontements.

En mai 1968, les Français jetaient des pavés parce qu'ils avaient trop de rêves. Les Grecs, eux, n'en ont plus. "On nous les a volés, murmure Anthée, une jolie blonde criblée de piercings. A quoi servent nos diplômes? A rien, sauf si nos parents ont des relations ou si on connaît quelqu'un de bien introduit... En fait, nous sommes coincés."

Dynasties électives

Depuis les années 1950, trois familles se partagent le pouvoir en Grèce. Les Papandréou, à gauche, et les Caramanlis-Mitsotakis, à droite, qui ont gouverné alternativement le pays pendant trente-deux des cinquante-trois dernières années. Seule exception, dans les années 1990 et 2000: les deux mandats du socialiste Costas Simitis.

L'oncle de l'actuel Premier ministre, le défunt Constantin Caramanlis, dirigeant du parti de droite Nouvelle Démocratie en 1974, a instauré la démocratie dans le pays après la chute de la dictature des colonels et été élu deux fois président de la République (de 1980 à 1985 et de 1990 à 1995).

Et le chef de l'opposition, Georges Papandréou, est le fils d'Andréas, fondateur du Parti socialiste (Pasok), et le petit-fils de Georges, l'une des plus grandes figures politiques grecques. Parmi les 300 députés du Parlement, 10% ont été élus du seul fait de leur lien de parenté. Et les fiefs électoraux sont considérés comme des charges héréditaires.

Source: L'Express.fr
URL: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/quand-la-rue-grecque-s-enflamme_726930.html

Tuesday, 16 December 2008

Le mirage grec à l'ère de la révolte des jeunes


Le Temps - 17 décembre 2008

Maximos Aligisakis, chargé de cours à l'Institut européen de l'Université de Genève, analyse les facteurs qui ont pu conduire aux émeutes qui ont secoué plusieurs grandes villes grecques après la mort du jeune Andreas Grigoropoulos.

Vous vous souvenez certainement de ce fameux «été grec». C'était en 2004. On avait commencé en juin, avec la plus grande surprise footballistique depuis des lustres: la Grèce fut sacrée championne d'Europe, lors de l'Eurofoot organisé au Portugal. Deux mois plus tard, et malgré ce que disaient les mauvaises langues, le pays organisait avec un grand succès les Jeux olympiques sur ses terres, sur les lieux mêmes de leur antique naissance. La Grèce rayonnait et renvoyait vers l'extérieur l'image d'un peuple conquérant. Les chiffres de l'économie étaient également au beau fixe, avec un taux de croissance bien plus élevé que la moyenne européenne. La réalisation des grands travaux publics et une intégration réussie au sein de la famille européenne complétaient le tableau. En plus, la conjoncture mondiale semblait favorable, dans le cadre du modèle néolibéral hégémonique. Tout allait bien dans les meilleurs des mondes...

Mais alors qu'est-ce qui se passe aujourd'hui? La situation objective est en réalité fort complexe. Certes, la Grèce a effectué des progrès considérables au niveau économique. Comme d'autres pays du sud européen, les acteurs économiques grecs ont su profiter, jusqu'à un certain point, des fonds européens pour consolider leurs positions. Puis, de nombreuses industries et des entreprises opérant dans le secteur des services ont acquis une position souvent dominante dans la région des Balkans. Cette expansion économique régionale constitue une sorte d'impérialisme secondaire, à côté de celui exercé par les grandes puissances mondiales.

Toutefois, à l'intérieur du pays, les richesses produites ne profitent pas à tous. L'immense majorité des salariés n'arrive pas à faire face à ses besoins car les prix des biens et des services sont comparables à ceux des grandes villes européennes, mais les salaires moyens sont souvent autour de 700 euros. En effet, les inégalités sociales constituent une donnée structurelle de la réalité grecque. Ainsi, selon les données d'Eurostat, si le PIB par habitant reste proche de la moyenne européenne (autour de 20000 euros par année), le taux de risque de pauvreté est supérieur à celui de la plupart des autres partenaires (environ 20% pour la Grèce, tandis que la moyenne européenne se situe à 15%). Il y a donc plus de «chances» de trouver un indigent en Grèce qu'ailleurs sur le continent. Par ailleurs, les réponses des Grecs au dernier sondage des Eurobaromètres (printemps 2008) expriment un net pessimisme: seulement 7% jugent que la situation de l'emploi dans le pays sera meilleure pour les 12 prochains mois, une chute de 38% par rapport à l'enquête précédente, d'automne 2007!

Plus particulièrement concernant les jeunes Grecs, il est utile de se référer à cet indicateur économique qu'est le taux de chômage. Même si pour l'ensemble de la population grecque nous ne constatons pas de très grandes différences avec la moyenne de l'Union européenne, il en va différemment chez les jeunes. En effet, pour les moins de 25 ans, le taux de chômage dépasse le 25% en Grèce, quand la moyenne européenne tourne autour du 17% (seuls les jeunes Polonais et Slovaques sont plus touchés que les Grecs). L'absence d'avenir économique est déjà, à elle seule, une incitation à la révolte. La crise mondiale actuelle risque d'aggraver davantage le fragile tissu social grec, notamment chez les jeunes.

La situation économique nous fournit quelques pistes d'explication de ce qui vient de se passer en Grèce ces derniers jours. Certes, c'est une dimension nécessaire mais pas suffisante pour nous éclairer. Par conséquent, il convient d'explorer d'autres pistes, comme la situation sociologique. Dans ce cadre, il est important de souligner l'absence de perspectives pour les jeunes. Ce manque d'«idéalité» au sein de la nouvelle génération, selon le concept utilisé par l'essayiste Julia Kristeva, a certainement joué un rôle dans l'explosion récente en Grèce. Cependant, ce phénomène est généralisé et ne concerne pas que les jeunes Hellènes. Pour preuve, cet écriteau ironique figurant dans un article relatif à la récente votation genevoise sur la loi régissant l'Université: «Notre passé est douloureux, notre présent lamentable, heureusement qu'on n'a pas d'avenir.»

Alors quelles explications faut-il privilégier pour saisir la spécificité grecque? S'ajoutant à la relative faiblesse des structures intermédiaires entre le pouvoir et la population, aux mécanismes clientélistes et aux affaires de corruption récurrentes dans le pays, j'aimerais insister ici sur l'importance fondamentale de la «culture de contestation» qui traverse la formation sociale grecque. Lors d'une étude que j'avais entreprise sur les grèves en Europe et sur une longue durée (le dernier quart du XXe siècle), la Grèce figurait toujours dans les premières places en nombre de grévistes ou d'heures perdues pour cause de grève. Par ailleurs, les Grecs sont parmi les peuples les plus protestataires envers la domination américaine ou l'extension des activités de l'OTAN dans le monde et dans la région du sud-est européen. Un autre indicateur de cet esprit d'insoumission, observé notamment chez les jeunes, est à relever: la résistance farouche des étudiants grecs au processus de Bologne, qui n'est toujours pas en vigueur dans le pays.

Au-delà de ces hypothèses explicatives, quelles sont les conclusions politiques qui s'imposent? Réfléchir sur les conséquences de ce qui vient de se passer en Grèce reste un exercice difficile. Après cet événement tragique (la mort du jeune Grigoropoulos), la politique, qui a horreur du vide, se pose déjà la question cynique: «A qui profite le crime?» En effet, ce sont les cartes politiques qui vont être redistribuées ces prochaines semaines dans le pays.

Plusieurs scénarios sont à envisager et les prédictions restent aléatoires. Un essoufflement du mouvement de révolte des collégiens et des étudiants, sans trop de conséquences pour l'establishment politique, demeure l'issue la plus probable. En gros, ce qui s'est passé en France après les manifestations anti-CPE ou les révoltes des banlieues va se répéter aussi en Grèce. Néanmoins, un lien du mouvement des jeunes avec d'autres forces sociales n'est pas complètement à exclure. Dans ce cas, il y a fort à parier sur une certaine récupération politique de la situation, par l'opposition socialiste (Pasok), par la gauche réformiste (Syrisa), ou encore par les communistes (KKE). Cependant tout dépend de la tactique de ces partis, des éventuelles alliances (surtout entre Pasok et Syrisa), mais aussi de la radicalisation possible des mouvements sociaux et syndicaux.

Cela dépendra aussi de ce qui se passera en Europe quand la crise économique s'aggravera: assisterons-nous à un scénario de peur ou de passivité généralisée, à des révoltes isolées ou à des récupérations politiques, à des changements substantiels ou encore, ce qui est le plus probable à mes yeux, à la perpétuation du système sous une autre forme: changer tout pour que rien ne change, comme le disait Visconti dans son Guépard. Sauf si quelques jeunes en décident autrement... car, ne l'oublions pas, ce sont eux qui vont écrire l'avenir.

Source: Le Temps
URL: http://www.letemps.ch/template/opinions.asp?page=6&article=246336

Nouveaux incidents en Grèce, Caramanlis prend des engagements


L'Express.fr - 16 décembre 2008

Une centaine de jeunes ont attaqué un poste de police d'Athènes, mettant le feu à un car et à quatre voitures. De leur côté, une vingtaine d'étudiants ont brièvement occupé la télévision nationale, interrompant les informations, et des incidents ont éclaté à Salonique, dans le nord du pays.

Par ailleurs, des agriculteurs protestant contre la baisse de leurs revenus ont bloqué pendant plusieurs heures la principale autoroute en direction du Nord.

Tout en affirmant le caractère prioritaire de l'aide aux milieux défavorisés, Costas Caramanlis a noté que ses possibilités étaient limitées du fait de l'énorme dette publique de la Grèce, aggravée par les émeutes qui se sont propagées à une dizaine de villes et à une poignée d'autres pays européens.

La mort d'Alexandros Grigoropoulos, le 6 décembre à Athènes, a entraîné les troubles les plus graves qu'ait connus la Grèce depuis le retour à la démocratie en 1974.

"Des problèmes restés sans solution depuis longtemps déçoivent les jeunes gens - le manque de méritocratie, la corruption dans la vie quotidienne, un sentiment d'injustice sociale", a déclaré le chef du gouvernement à son groupe parlementaire. "Contre tout cela, la lutte est difficile et de longue haleine, et nous sommes résolus à la mener."

REMANIEMENT POSSIBLE

Le Premier ministre, qui s'est vu reprocher une attitude passive face aux émeutes et aux dégradations qu'elles ont entraînées, a dit avoir sous-estimé la réaction publique ainsi que l'ampleur d'un scandale foncier impliquant un monastère du mont Athos qui déstabilisait le gouvernement depuis des mois.

De nouvelles manifestations de protestation étant prévues alors que le budget 2009 doit être examiné cette semaine au parlement, Costas Caramanlis a annoncé qu'aucune taxation nouvelle ne serait imposée et que les réductions planifiées de l'impôt sur le revenu entreraient en vigueur comme prévu.

"Notre priorité absolue est de soutenir les personnes les plus affectées", a-t-il dit.

Mais il a mis en garde contre tout espoir excessif en soulignant que la Grèce consacrerait 12 milliards d'euros - environ 5% de son produit intérieur brut (PIB) - au seul service de la dette en 2009. "Cette dette est un énorme fardeau qui réduit la liberté de manoeuvre du gouvernement à un moment critique", a-t-il dit.

Selon des analystes politiques, les émeutes ont renforcé les chances de voir organiser des élections anticipées et Costas Caramanlis en viendra sans doute à sacrifier quelques ministres afin d'injecter un sang neuf dans son gouvernement conservateur.

"Aujourd'hui, le Premier ministre a endossé une responsabilité politique partielle", commente Theodoros Livanios, directeur de recherches socio-politiques chez Opinion. "Je m'attends à ce que Caramanlis annonce bientôt un remaniement ministériel et attende ensuite d'en voir les résultats."

Des sondages publiés ce week-end font apparaître une désapprobation massive de la façon dont le gouvernement a géré la crise, ainsi qu'une remontée de l'opposition socialiste.

Le porte-parole de celle-ci, Georges Papaconstantinou, a déclaré que Costas Caramanlis et son gouvernement ne mesuraient pas la gravité de la situation économique : "Il est évident qu'ils ne comprennent pas qu'ils ont perdu la confiance du peuple, et en pareil cas la solution vient toujours du peuple."

Version française Philippe Bas-Rabérin

Source: L'Express.fr avec Reuters
URL: http://www.lexpress.fr/actualites/2/nouveaux-incidents-en-grece-caramanlis-prend-des-engagements_726766.html

Des étudiants grecs au JT : "Arrêtez de regarder, sortez dans la rue"

Le Monde.fr - 16 décembre 2008

OAS_AD('Middle1'); Les téléspectateurs qui regardaient le journal télévisé grec, mardi 16 décembre, ont assisté à un spectacle inattendu. Un groupe de plusieurs dizaines d'étudiants a investi les studios de la chaîne publique NET, interrompant les diffusions. Les jeunes, qui sont apparus à l'écran sans dire un mot, tenaient une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Arrêtez de regarder, sortez dans la rue". NET diffusait à ce moment-là un discours du premier ministre, Costas Caramanlis, devant le Parlement.

Les étudiants, qui ont quitté les lieux sans incident, ne sont restés à l'écran que quelques minutes. La direction de la chaîne s'est empressée de lancer des publicités avant de rétablir les programmes, sans donner immédiatement d'explications. Près de 45 minutes plus tard, Christos Panagopoulos, directeur de la chaîne, s'est emporté contre ce qu'il a qualifié d'"acte de violence qui dépasse les limites de la démocratie".
Cet incident vient rappeler que la tension est toujours très vive en Grèce, près de dix jours après le début de manifestations violentes de la jeunesse en réponse à la mort du jeune Alexandros Grigoropoulos. Le premier ministre Caramanlis, contesté de toute part, a promis de s'attaquer aux problèmes de corruption et "d'injustice sociale". "Des problèmes restés sans solution depuis longtemps déçoivent les jeunes gens. Contre tout cela, la lutte est difficile et de longue haleine, et nous sommes résolus à la mener", a-t-il promis, tout en soulignant que les nombreux dégâts qu'a connu le pays pèseront sur la dette, et donc sur la marge de manœuvre du gouvernement.

Outre les manifestations quotidiennes dans le pays, la journée de mardi a été marquée par une série d'attaques contre des commissariats de police ou des établissements publics à Athènes et à Salonique. Par ailleurs, des centaines d'établissements scolaires et universitaires restaient occupés.

Source: Le Monde.fr avec AFP et Reuters
URL: http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3214,50-1131993,0.html

Créer un marché énergétique en Europe du Sud-Est va booster l'économie de la région

Le marché de l’énergie électrique dans l’Union européenne en 2007 a marqué une croissance de près de 100 % par rapport à 2006. Un grand nombre de nouveaux fournisseurs et consommateurs nouveaux y sont apparus et le nombre de contrats sur le marché libre connaît une nette croissance, entraînant une augmentation favorable des volumes sur le marché. La totalité de l’énergie électrique commercialisée sur le marché libre en 2007 est près du double plus des quantité de l’année précédente.

La plupart des grandes compagnies du secteur de l'énergétique font des tentatives pour acquérir des actifs sur tout le cycle – production, transport et distribution. De tels processus sont en cours en République tchèque, Pologne, Hongrie, Allemagne et d’autres pays. En ce sens la consolidation du marché énergétique est une pratique européenne normale. L’utilité est liée à l’accroissement du capital d’investissement, l’accroissement de la sécurité de la livraison et l’accomplissement des nouvelles directives européennes pour la préservation de l’environnement. L’UE prévoit la création de marchés énergétiques régionaux qui progressivement s’uniront en un marché énergétique européen intégré.

La création d’un marché énergétique régional en Europe du Sud Est accélèrera le développement économique de la région. En tant que partie du marché énergétique européen il créera un accès au commerce de l’électricité et du gaz à jusqu'à 500 millions d’abonnés. A sa création prendront part aussi bien les pays membres de l’UE de la région – Bulgarie, Roumanie, Autriche, Grèce, Hongrie, Italie et Slovénie ainsi que des états tels que l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine, la Serbie, le Monténégro et le Kosovo. D’autres pays peuvent y être inclus ou bien chaque pays membre de l’UE. Actuellement la Moldavie, la Turquie, la Norvège l’Ukraine et la Géorgie en tant que pays hors UE figurent à titre d’observateurs.

« Dans le cadre de l’Europe du Sud Est pour les échanges d’énergie et la création d’un système énergétique unique un grand et important rôle joue l’énergétique de la Bulgarie, qui à des moments différents au cours des quelques années passées couvrait entre 45 et 100% du déficit en énergie électrique des pays d’Europe du Sud-Est » - dit Yavor Kouyoumdjiev, vice ministre au ministère de l’Economie et de l’Energie. Cela a constitué une sérieuse contribution à la stabilisation politique et économique de la région. Ce fait prouve aussi le grand rôle de l’énergétique bulgare pour l’alimentation stable en électricité des pays de la région. »

De nos jours encore la Bulgarie continue d’être un exportateur net d’énergie électrique et un pays de transit. La tendance générale du transit de l’énergie électrique est en direction du Sud et de l’Ouest de la Bulgarie où le déficit en est le plus important.

« C’est par une ordonnance du Conseil des Ministres de l’UE du 27 juillet 2008 qu’a été formé la dite région du Sud Est par laquelle prends fin la phase de structuration du marché libre en Europe du Sud Est en tant que partie du marché européen d’ensemble », poursuit Yavor Kouyoumdjiev. Cette ordonnance va dans le sens de la coordination et de la répartition des capacités dans l’exportation d’ électricité à l’échelle de la région, créant ainsi une nouvelle région en plus de celles déjà définies. Cette région comprend quelques Etats de l’UE ainsi que des pays des Balkans occidentaux. »

Tania Harizanova
Version française: Roumène Miliov

Source: Radio Bulgarie
URL: http://www.bnr.bg/RadioBulgaria/Emission_French/Theme_Economie/Material/08.12.16.+marche+energie+sudest.htm

"La tâche de la police grecque est difficile"

L'Express.fr - 16 décembre 2008

Par Marc Epstein

Panos Livadas, secrétaire général à l'information du gouvernement grec, estime injuste de "jeter l'opprobre" sur l'ensemble de la police et défend la "position défensive" adoptée par les autorités grecques face aux émeutes et aux vagues de pillage.

En tardant à réagir face aux pillages, votre gouvernement n'est-il pas en partie responsable de l'ampleur des émeutes?

J'ai 3 enfants et, comme tout le monde, je suis indigné par les événements qui ont déclenché tout cela [à savoir, la mort d'un jeune homme âgé de 15 ans, tué le 6 décembre par un policier, ndlr]. Nous descendons volontiers dans la rue pour exprimer notre mécontentement et je comprends tout à fait l'émotion suscitée par ce drame.

La Grèce est un pays démocratique. Cela fait partie de notre ADN. Mais, par ailleurs, ce pays comprend des petits groupes qui, à chaque manifestation de rue, tentent de provoquer des incidents. Et cela oblige le gouvernement à adopter une position défensive, afin de ne pas risquer de jeter de l'huile sur le feu. D'autant que de nombreux adolescents, parfaitement sincères dans leur émotion, se trouvent aussi dans la rue.

La police grecque est souvent accusée - par Amnesty International, entre autres - d'atteintes aux droits de l'homme. Que faire?

La tâche de la police est difficile. D'une part, elle doit protéger la liberté d'expression et de manifestation. D'autre part, les forces de l'ordre doivent lutter contre des groupes marginaux qui tentent d'exploiter la situation et ont recours à la violence. Un policier a enfreint la loi. Mais il n'est pas juste de jeter l'opprobre sur l'ensemble de ses collègues. Quant aux rapports des ONG, elles doivent nous aider à corriger ce qui doit l'être, dans mon pays comme dans tous les autres. Il n'y aura aucune indulgence pour les auteurs des événements du 6 décembre.

Le gouvernement, dont la majorité tient à une voix dans le Parlement, est au centre de plusieurs scandales. Le temps est-il venu d'organiser de nouvelles élections?

Notre politique a toujours été de ne rien cacher. C'est la raison pour laquelle ces affaires font la Une des journaux alors qu'elles étaient, autrefois, soigneusement occultées. Dans cette époque de crise mondiale, la priorité demeure la gestion économique. Or la Grèce prévoit un taux de croissance de 2% en 2009. Le taux de chômage est inférieur à 8%. Notre dette publique a été réduite de moitié en moins de cinq ans. Et notre système bancaire est en bonne santé. Le prochain scrutin est prévu dans trois ans et nous comptons bien attirer une nouvelle fois la confiance des électeurs.

Source: L'Express.fr
URL: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-tache-de-la-police-grecque-est-difficile_726628.html

Monday, 15 December 2008

Les heurts reprennent en Grèce

Le Monde.fr - 15 décembre 2008

Après un week-end plutôt calme, les heurts ont repris, lundi 15 décembre, à Athènes. La police a fait usage de gaz lacrymogènes contre des petits groupes de jeunes manifestants, armés de pierres et de cocktails Molotov, dans le centre de la capitale. Devant le principal tribunal de la capitale, des heurts ont également opposé des jeunes aux forces de l'ordre, tandis que des actes de vandalisme visant des magasins étaient signalés dans deux villes du nord du pays.

68 % DES GRECS MÉCONTENTS DU GOUVERNEMENT

Depuis la mort, le 6 décembre, d'un adolescent de 15 ans tué par des policiers, le pays est en proie aux plus importants troubles depuis le retour à la démocratie en 1974. Cette agitation, alimentée par le chômage des jeunes, les scandales politiques et l'impact de la récession mondiale, a causé des dégâts évalués à plus de 200 millions d'euros. Son ampleur avait fortement diminué ces derniers jours et le calme était revenu à Athènes dimanche. Etudiants et syndicats ont cependant annoncé de nouvelles mobilisations, jeudi 18 et vendredi 19 décembre, contre le gouvernement conservateur de Costas Caramanlis, qui dispose d'une seule voix de majorité au Parlement. Les contestataires s'élèvent contre les réformes de l'enseignement et des retraites, les privatisations et les hausses d'impôts.

D'autres incidents restent possibles, lundi, un groupe anarchiste ayant appelé à une marche sur le Parlement en fin d'après-midi. Le parti de la Nouvelle Démocratie, formation de Costas Caramanlis, que les médias grecs accusent de passivité devant ces troubles, a dénoncé les émeutes comme le fait d'un noyau d'anarchistes irréductibles profitant d'une mobilisation plus large. Selon un sondage publié dimanche par le journal Kathimerini, 68 % des personnes interrogées se disent mécontentes du gouvernement, et 60 % parlent d'un soulèvement social plutôt que de troubles fomentés par une minorité violente.

Source: Le Monde.fr avec Reuters
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/15/les-heurts-reprennent-en-grece_1131512_3214.html

Un Français assassiné en Croatie

Le Figaro.fr - 15 décembre 2008

Un ressortissant français, décédé hier dans un hôpital à Dubrovnik, dans le sud de la Croatie, en raison d'une blessure à la tête, a été victime d'un assassinat, a annoncé aujourd'hui la police croate.

"Dans le cadre de son enquête liée à la mort d'un ressortissant français sur l'île de Sipan, la police a établi que R.C.C. (...) a été victime d'un assassinat", a déclaré un officier de la police, Ivan Kukrika, dans un communiqué.

Une personne a été arrêtée dimanche soir, alors que plusieurs autres ont été interrogées, selon la même source.

La police n'a pas communiqué de détails sur l'identité des personnes interrogées ni sur le mobile de ce meurtre.

Grièvement blessée à la tête, la victime, âgée de 47 ans, a été découverte dans un état comateux à son domicile sur l'île de Sipan par son père, venu lui rendre visite il y a quelques jours, selon la presse locale. Le Français vivait sur cette île depuis plusieurs années, selon la même source.

D'après le quotidien Jutarnji List, la police a interrogé le beau-père et l'ex-épouse de la victime.

En octobre, le corps d'une Australienne de 21 ans avait été retrouvé au large de Dubrovnik, un mois après sa disparition. La cause de sa mort, accident ou agression, n'a toujours pas été élucidée.

Source: Le Figaro.fr avec AFP
URL: http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/12/15/01011-20081215FILWWW00390-un-francais-assassine-en-croatie.php

Le Monténégro officialise sa candidature à l'UE

Le Monde.fr - 15 décembre 2008

Le premier ministre monténégrin, Milo Djukanovic, a officiellement présenté la candidature de son pays à l'Union européenne, lundi 15 décembre, à Nicolas Sarkozy, président en exercice du Conseil européen. Lors d'une cérémonie organisée sur le perron de l'Elysée, où trônaient les drapeaux français, européen et monténégrin, M. Djukanovic a remis l'acte d'adhésion au président français et au commissaire européen chargé de l'élargissement, le Finlandais Olli Rehn. Celui-ci a estimé que le Monténégro avait fait "des progrès importants dans sa préparation pour l'intégration européenne" et qu'il "joue un rôle constructif et stabilisateur dans la région".

"C'est le plus ancien pays européen mais le plus jeune membre des Nations unies et du Conseil de l'Europe, et je pense que c'est un grand jour pour les Balkans et pour tous les pays candidats et candidats potentiels à l'Union européenne", a déclaré M. Djukanovic à l'issue de la cérémonie et d'un bref entretien avec M. Sarkozy. Le Monténégro est indépendant depuis 2006 à la suite d'un référendum ayant entériné sa rupture d'avec la Serbie. La République tchèque, qui succède en janvier à la France à la présidence du Conseil européen, a promis d'agir en faveur d'une accélération de l'intégration à l'Union des pays issus de l'ex-Yougoslavie.

Source: Le Monde.fr avec AFP et Reuters
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/15/le-montenegro-officialise-sa-candidature-a-l-ue_1131454_3214.html

KOSOVO - La mission européenne entre en jeu dans un Kosovo désuni

lepetitjournal.com - 15 décembre 2008

Avec six mois de retard, la mission européenne de justice et de police, l’Eulex, s’est enfin déployée au Kosovo malgré les réticences de la Serbie et de la Russie. Gros plan sur la situation actuelle de ce pays qui avait déclaré son indépendance le 17 février dernier

Reconnue par une cinquantaine d’Etats, l’indépendance du Kosovo est toujours contestée par la Serbie et son allié russe. Belgrade espère que la Cour internationale de justice ne reconnaîtra pas la souveraineté kosovare et a déjà obtenu de nombreuses concessions au sujet du déploiement de l’Eulex.

L’indépendance du Kosovo toujours contestée

Le 17 février 2008, le Kosovo, région peuplée à 90% d’albanophones, déclarait unilatéralement son indépendance de la Serbie. Historiquement rattachée à Belgrade, l’administration kosovare était, depuis 1999 et la fin de la guerre du Kosovo, sous la tutelle de l’ONU qui avait pour mission de guider la province vers la voie de l’indépendance. Depuis février 2008, une cinquantaine d’Etats, dont les Etats-Unis et la majorité des 27 membres de l’Union européenne, ont reconnu la souveraineté kosovare. En revanche, la Serbie la conteste toujours et a demandé à l’ONU de porter l’affaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), plus haute instance judiciaire des Nations Unies. Cette dernière se penche actuellement sur le sujet.

L’Eulex retardée par le blocage serbo-russe

L’Eulex est composée de 1500 policiers, douaniers et juristes internationaux, en majorité des européens, et de 400 membres locaux aux fonctions identiques. Cette mission va se charger de l’administration juridico-policière du Kosovo jusque-là exercée par la Mission intérimaire des Nations Unies au Kosovo (Minuk), appelée à disparaître sous peu. Décidée dès l’indépendance kosovare proclamée en février et prévue pour juin, l’Eulex a entamé son mandat mardi avec six mois de retard.
Pour se déployer, la mission européenne devait obtenir l’aval du conseil de sécurité de l’ONU où la Russie, alliée de la Serbie dispose d’un droit de veto. Un accord a finalement été trouvé le 26 novembre au siège des Nations Unies mais au prix de nombreuses concessions faites à Belgrade. Ainsi, l’Eulex restera "neutre" quant au statut du Kosovo, à savoir qu’elle ne reconnaîtra pas son indépendance. Et les douanes et tribunaux du nord du pays, dans la région de Mitrovica peuplée par de nombreux Serbes, ne seront pas sous l’autorité de Pristina, capitale kosovare. La Kfor, force de l’OTAN au Kosovo, redoute une recrudescence des affrontements entre slaves et albanophones dans cette partie du pays. Les Serbes du nord du Kosovo pourraient à terme demander, avec le soutien de Belgrade, l’indépendance de la région de Mitrovica ou son rattachement à la Serbie.

Yann Fernandez

Source: www.lepetitjournal.com
URL: http://www.lepetitjournal.com/content/view/34541/204/

Grèce: nouvelles manifestations à Athènes et en province

AFP - 15 décembre 2008

ATHENES (AFP) — Plus d'un millier de jeunes protestaient lundi à la mi-journée devant la direction de la police d'Athènes, dans le centre ville, contre la mort d'un adolescent tué par un policier le 6 décembre, tandis que d'autres manifestations se déroulaient en province.

Un impressionnant cordon de forces anti-émeutes, adossé à une dizaine de cars, était déployé devant l'immeuble de la police, a constaté un journaliste de l'AFP. Certains jeunes rassemblés devant les policiers criaient des slogans hostiles à la police, d'autres tentaient de nouer le dialogue.

Avant ce face à face, organisé par les coordinations lycéennes, une centaine de jeunes et militants de gauche se sont rassemblés au Palais de justice, dans l'attente de la comparution d'un premier groupe de six jeunes interpellés lors d'incidents au cours du week-end.

"Solidarité avec les otages de l'Etat", avaient-ils écrit sur une banderole, brandie sous la surveillance d'une cinquantaine de policiers.

Trois autres rassemblements de lycéens ont aussi été organisés dans la matinée, bloquant de grandes artères de la capitale. L'un, devant la prison du quartier populaire de Korydallos, a donné lieu à un bref échange de cocktails molotov et gaz lacrymogènes entre police et jeunes.

Des contestataires ont aussi mené diverses actions en province, sans incident: dans le nord du pays, dans la banlieue de Salonique, un groupe de jeunes a pris possession des locaux de la mairie, tandis qu'à Ioannina, dans l'ouest, et sur l'île de Lesbos (nord-est), les studios des radios publiques locales étaient occupés.

A Patras, dans le Péloponnèse, plusieurs centaines de lycéens et étudiants ont aussi commencé à manifester dans le centre-ville.

Source: Google News avec AFP
URL: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jqfB47Y9dsj2taSsgecykS6_jgqg

Nouvelle nuit d’affrontements en Grèce

Euronews - 14 décembre 2008

Athènes porte une fois encore les stigmates d’une nuit d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, des heurts localisés près de l’Ecole polytechnique de la capitale grecque. Un poste de police et plusieurs agences bancaires ont été la cible de cocktails Molotov. Toutefois c’est par le recueillement qu’avait commencé la journée.

Des lycéens se sont rassemblés pacifiquement place Syntagma devant le Parlement à Athènes. Manifestation identique hier à Thessalonique la deuxième ville du pays pour rendre hommage au jeune Alexis, tué le 6 décembre.

De nouvelles manifestations sont prévues ce lundi. D’un point de vue politique, le gouvernement campe sur ses positions et refuse toujours d’organiser des élections anticipées.

Source: Euronews.net
URL: http://www.euronews.net/fr/article/14/12/2008/tension-remains-high-in-greece/

Saturday, 13 December 2008

Grèce : les rassemblements persistent


Le Parisien - 13 décembre 2008

Une semaine après le début des émeutes, l'heure semble à l'apaisement en Grèce où des rassemblements silencieux de jeunes tenant des cierges allumés ont eu lieu samedi soir à Athènes et Salonique, dans le nord du pays, pour honorer la mémoire d'Alexis Grigoropoulos, tué par un policier. En début de soirée, des violences ont néanmoins repris dans le centre d'Athènes où, d'après la police, des inconnus ont jeté des cocktails Molotov contre une banque, provoquant un début d'incendie. Des poubelles ont également pris feu dans l'une des principales avenues de la capitale. Un poste de police à proximité du quartier athénien d'Exarchia était également la cible de cocktails Molotov.

Un peu plus tôt, plusieurs centaines de jeunes se sont assis sur l'esplanade de la place centrale de Syntagma, face au Parlement et ont allumé des bougies sur le sol, dans une ambiance bon enfant. Certains y jouaient de la guitare. Près de trois cents personnes, jeunes et adultes, se sont aussi réunis près du lieu où a été tué l'adolescent dans le quartier étudiant contestataire d'Exarchia. Ils ont allumé des bougies et déposé des fleurs. Aucune tension ne prévalait samedi matin dans ce quartier où les policiers se sont fait discrets.

Dans l'après-midi, 300 lycéens de l'établissement où étudiait la victime et d'autres écoles d'Athènes avaient déjà organisé place Syntagma un rassemblement pacifique. Des jeunes, dont certains portaient des fleurs, ont déployé devant le Parlement deux grandes banderoles sur lesquelles était inscrit «On condamne la violence, il faut désarmer la police» et «06/12/08, Alexis Grigoropoulos, je n'oublie pas».

Face-à-face tendu entre étudiants et policiers

Quelques heures plus tard, environ 2 000 étudiants se sont regroupés sur la place et massés devant la tombe du soldat inconnu protégée par un cordon policier, en invectivant les forces de l'ordre. Un face à face tendu a duré plus d'une heure avant que les étudiants ne se dispersent, laissant une centaine d'autonomes sur la place. La plupart des manifestants étaient des étudiants de l'école Polytechnique et de la faculté de Droit occupées. Ils portaient des banderoles sur lesquelles était inscrit «L'Etat assassine» et «Assassins».

Depuis le 6 décembre, la mort de Alexis Grigoropoulos (14 ans) tué par un policier, inculpé depuis d'homicide volontaire, a déclenché une vague de violences urbaines sans précédent dans le pays depuis le rétablissement de la démocratie en 1974.

Source: Le Parisien.fr
URL: http://www.leparisien.fr/international/grece-les-rassemblements-persistent-13-12-2008-341561.php

Aucun heurt depuis les mini-attentats de la nuit en Grèce

L'Express.fr - 13 décembre 2008

Une série de mini-attentats ont secoué Athènes dans la nuit de vendredi à samedi mais aucun affrontement n'a été signalé en Grèce entre jeunes et forces de l'ordre après sept jours de violences urbaines qui ont bouleversé le pays. En début d'après midi, quelque 300 lycéens ont organisé sur la place centrale d'Athènes un rassemblement assis et pacifique pour honorer Alexis Grigoropoulos, tué samedi dernier par un policier . Les jeunes dont certains portaient des fleurs ont déployé devant le Parlement deux grandes banderoles sur lesquelles étaient inscrits "On condamne la violence, il faut désarmer la police" et "06/12/08, Alexandre Grigoropoulos, je n'oublie pas". Une autre manifestation d'étudiants était prévue dans le centre d'Athènes au milieu de l'après-midi. Et, à Salonique, dans le nord du pays, un millier de lycéens et étudiants ont commencé en début d'après-midi à défiler pacifiquement dans le centre ville.

Les attentats de la nuit, qui n'ont pas été revendiqués, ont visé cinq banques et un bureau local du parti conservateur au pouvoir Nouvelle Démocratie (ND) dans deux quartiers de la capitale. Ils n'ont pas fait de victime mais provoqué des dégâts matériels et des départs d'incendies qui ont été rapidement maîtrisés par les pompiers. Les succursales de la banque nationale Grèce (BNG) la première du pays, et des banques Agricole, Générale, et Citibank ont été visées. Un supermarché et une boutique de vente des produits de l'Office des télécommunications (OTE) qui jouxtaient deux des banques touchées ont aussi subi des dégâts. Ces attentats ont été commis avec de petites cartouches de gaz comme c'est souvent le cas à Athènes.

Deux voitures ont par ailleurs été incendiées par des inconnus dans deux quartiers de la capitale, à Guizi et à Exarchia, le centre contestataire d'Athènes. Un rassemblement qui devait être organisé dans la soirée à Exarchia a été reporté pour dimanche en fin d'après-midi pour rendre hommage au jeune Alexis, une semaine après sa mort. La police a fait état depuis deux jours "d'une baisse de tension" par rapport au début de la semaine où de violentes échauffourées ont secoué Athènes, et les principales villes grecques.

"Baisse de tension"

Vendredi soir à Salonique, la grande métropole du nord de la Grèce, un millier de manifestants, appartenant à des groupes d'extrême gauche pour la plupart, ont défilé dans le centre-ville. Un groupe de manifestants a lancé à l'issue du rassemblement des projectiles contre les locaux de la Nouvelle-Démocratie, provoquant des dégâts matériels. A Athènes, plus de deux cents personnes, étudiants et travailleurs qui occupent la Faculté de Droit de la capitale se sont rassemblées dans le calme aux abords de l'établissement. Quelques heures auparavant, deux manifestations à l'appel des syndicats des élèves, des professeurs et des étudiants, avaient réuni 4.000 personnes à Athènes et 800 à Salonique. De brefs heurts entre policiers et jeunes avaient eu lieu au cours de la manifestation à Athènes.

Sur le plan politique, le Premier ministre Costas Caramanlis, mis à mal par la crise, a exclu vendredi de se retirer ou d'organiser des élections législatives anticipées. "Comme je l'ai dit dans le passé, il est trop tôt pour que je prenne ma retraite", a-t-il dit à des journalistes en marge d'une réunion à Bruxelles des chefs d'Etat et de gouvernement européens. Il a souligné que "la Grèce est un pays sûr" qui a "les moyens, avec ses institutions démocratiques, de maintenir la sécurité de sa population". Ses services ont annoncé samedi qu'il se rendra lundi, malgré la crise, en compagnie de son chef de la diplomatie Dora Bakoyannis, à Chypre pour les obsèques de l'ancien président chypriote Tassos Papadopoulos, décédé vendredi d'un cancer.

Source: L'Express.fr avec AFP
URL: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/grece-une-serie-de-mini-attentats-dans-la-nuit-a-athenes/924/0/299593&xtor=EPR-6-%5BNewsletter-Quotidienne%5D-20081213

Friday, 12 December 2008

Athènes, les affrontements continuent


Le Monde.fr - 12 décembre 2008

Les fortes pluies ne les ont pas découragés. Vendredi 12 décembre, pour le septième jour consécutif, étudiants et lycéens grecs se sont rassemblés dans le centre d'Athènes, et des incidents ont de nouveau éclaté. Des étudiants ont lancé des bombes incendiaires et des pierres en direction des forces de police aux abords du Parlement. Pour empêcher que leurs cordons ne soient enfoncés, les policiers anti-émeutes ont fait usage de gaz lacrymogènes contre les manifestants, qui avaient déployé des banderoles frappées de slogans comme "l'Etat tue" et "le gouvernement est coupable de meurtre".

Un peu plus tard dans l'après-midi, un groupe de jeunes a saccagé le bureau de l'avocat du policier qui a tué Alexandros Grigoropoulos, un adolescent de 15 ans, samedi dernier. L'avocat, Alexis Kouyias, un habitué des plateaux de télévision, n'était pas présent lors de l'attaque de son bureau. "Kouyias va mourir d'un ricochet", ont notamment scandé les manifestants, dans une allusion à l'analyse balistique qui impute le décès de l'adolescent à un ricochet de la balle tirée par le policier.

LA POLICE A COURT DE GRENADES LACRYMOGÈNES

Une "source proche de la police", citée par l'agence Reuters, indique que les forces de l'ordre commencent à être à court de grenades lacrymogènes, après en avoir tiré plus de 4 600 au cours de la semaine écoulée. Toujours selon cette source, Israël et l'Allemagne auraient été sollicités pour reconstituer les stocks.

A Bruxelles, le premier ministre conservateur, Costas Caramanlis, présent au Conseil européen, a assuré que son pays pourrait garantir la sécurité de la population en dépit des troubles en cours, dont il cherche à imputer la responsabilité à quelques centaines d'extrémistes de gauche. Ce qui n'empêche pas les journaux grecs de se montrer sceptiques sur les chances pour le chef du gouvernement de conserver son poste. Le journal Ta Nea affirme ainsi, sur la "une" de son édition de vendredi : "Le glas sonne pour Caramanlis".

Manifestation de soutien à Paris

Vendredi soir, à Paris, quelque 300 personnes manifestaient près de l'ambassade de Grèce (16e) en solidarité avec la "génération 600 euros". Les manifestants ont tenté de se diriger vers la place de l'Etoile, mais ont été repoussés sans ménagement par les CRS.

Ils ont ensuite fait irruption sur les Champs-Elysées, qu'ils ont bloqués au moyen de barrières de chantier et en formant une chaîne humaine. A 19 h 30, la circulation était complètement rétablie. Certains manifestants démontaient des petits feux tricolores sur leur passage et six personnes ont été interpellées selon la police pour dégradations et jets de projectiles sur les forces de l'ordre. Un panneau publicitaire et le pare-brise d'une voiture ont été endommagés. – (Avec AFP.)

Source: Le Monde.fr avec Reuters, AFP et AP.
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/11/un-policier-inculpe-pour-homicide-volontaire-apres-la-mort-d-un-jeune_1129779_3214.html#ens_id=1127970

Un policier inculpé pour homicide volontaire après la mort d'un jeune

Le Monde - 12 décembre 2008

Epaminondas Korkoneas, le policier grec de 37 ans à l'origine des coups de feu qui ont tué un adolescent de 15 ans samedi 6 décembre, a été mis en examen pour "homicide volontaire" et "usage illégal de son arme", mercredi soir 10 décembre, à Athènes. L'un de ses collègues, Vassilios Saraliotis, 31 ans, a été inculpé de "complicité".

Les deux hommes ont été placés en détention provisoire. Le policier, dont le geste est à l'origine des émeutes des derniers jours, affirme n'avoir tiré que par "défense quand les jeunes ont commencé à lancer contre les policiers des cocktails Molotov et divers projectiles en criant qu'ils allaient les tuer", selon sa déposition.

La grève générale de vingt-quatre heures organisée mercredi pour protester contre la politique d'austérité du gouvernement a perturbé le fonctionnement des chemins-de-fer, du métro de la capitale, des tramways et des transports aériens. Aucune liaison maritime n'a été assurée avec les îles grecques. Le fonctionnement des banques, des administrations et des grandes entreprises publiques a aussi été affecté. De nombreuses écoles ont fermé.

Des échauffourées ont eu lieu en marge du rassemblement de plusieurs milliers de personnes qui s'est tenu sur la place Syntagma, devant le Parlement, à l'appel des syndicats de salariés. Des groupes s'en sont pris aux forces anti-émeutes, aux cris d'"assassins". Des heurts ont aussi été signalés à Salonique.

De source policière, on compte 15 établissements universitaires et une centaine de lycées, à Athènes et à Salonique, occupés par des jeunes. Les coordinations lycéennes avaient prévu de bloquer, dans la matinée de jeudi, plusieurs grandes artères de la capitale. Les forces de l'ordre attendaient aussi des rassemblements en fin d'après-midi. Une grande manifestation est d'ores et déjà prévue vendredi.

Pour tenter de faire baisser la tension, le premier ministre conservateur Costas Caramanlis a annoncé une série de mesures pour l'indemnisation des entreprises et des commerces qui ont subi des dégâts. La veille, à la télévision, il avait qualifié les fauteurs de troubles "d'ennemis de la démocratie". Face aux accusations d'inefficacité portées contre les forces de l'ordre, il s'était engagé "à rétablir le sentiment de sécurité et la légalité". - (AFP.)

Source: Le Monde (édition du 12/12/2008) avec AFP.
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/11/un-policier-inculpe-pour-homicide-volontaire-apres-la-mort-d-un-jeune_1129779_3214.html#ens_id=1127970

"Parce qu'ici c'est la Grèce, peut-être que rien ne va changer, mais il faut quand même essayer !"

ATHÈNES ENVOYÉE SPÉCIALE

Ils sont lycéens, étudiants, salariés. Les mêmes difficultés les ont conduits à se révolter. Portraits de jeunes Grecs désabusés.

Nikos, 32 ans. Il ne se plaint pas, ce n'est pas dans son tempérament. Décontracté à la terrasse d'un café du centre-ville, Nikos se veut pragmatique. Il se borne à constater que, comme beaucoup de Grecs, il est obligé d'avoir "deux boulots". Eboueur le matin, à partir de 6 heures, dans son petit camion. Et livreur de pizza, le soir, jusqu'à 22 heures, "quatre ou cinq jours par semaine". Initialement, il avait fait des études pour être ingénieur du son. Mais le système éducatif en Grèce étant ce qu'il est, la vie l'a conduit ici. Avec tout cela, il gagne tout juste 750 euros par mois. Pas de quoi s'offrir un nid à lui. Mais il a "la chance", dit-il, que ses parents, restaurateurs, soient propriétaires de leur logement. Alors il loge chez eux, comme tant de jeunes de son âge. Il est "célibataire de toute façon", jure-t-il. "Et puis comme ça, j'économise et je peux me payer le théâtre."

Andréas, 31 ans. Il évoque son avenir avec le même regard de deuil que celui avec lequel il fixe le petit mémorial érigé sur les lieux du décès de l'adolescent de 15 ans, tué, le 6 décembre, par un policier, à Athènes. "Je suis venu là tous les jours depuis le drame", raconte-t-il.

Andréas n'est pas Nikos. Il n'est pas loquace. Et son salaire de 665 euros par mois le scandalise. Tellement qu'il refuse de préciser à quel travail ça correspond. Il veut juste bien indiquer son loyer : 670 euros par mois, qu'il partage avec sa soeur. Trop, beaucoup trop. Bientôt, ils vont tous deux devoir rentrer chez leurs parents. En attendant, il manifeste, soutient les cortèges. Et repasse chaque fois qu'il le peut devant le petit mémorial.

Costas, 26 ans. Il est cuisinier dans un hôtel et il gagne 1 100 euros par mois. Cela fait sept ans, et il habite toujours chez ses parents. "Parce que sinon c'est impossible de s'en sortir". Et puis comme ça, il peut se payer un peu "quelques sorties". Baskets Converse, jean foncé, Yannis soutient les manifestations. "J'y vais autant que possible, raconte-t-il. Tous ceux qui ont un brin de conscience sont dans la rue actuellement." Lui aussi, comme Andréas, ce soir, s'arrête, un peu ému, devant les cierges déposés à l'angle de la rue où est mort Alexandre Grigoropoulos. "Mon espoir, aujourd'hui, c'est que les gens prennent conscience de ce qui se passe réellement dans ce pays, qu'on a vraiment du mal à s'en sortir économiquement." Il ne croit pas forcément à un changement immédiat, mais il espère.

Alexis et Nikos, 28 et 24 ans. C'est le troisième soir des émeutes et ils se réchauffent au coin d'un feu de planches, à l'une des entrées de l'Université polytechnique. Ils sont amis et travaillent tous les deux dans la même entreprise, une compagnie pétrolière. Mais le premier gagne plutôt correctement sa vie, avec 1 500 euros par mois, tandis que le deuxième ne dépasse pas 670 euros. Nikos a aussi un loyer : 350 euros par mois. Un choix assumé. Il vit seul, ça lui coûte cher, "mais je préfère ça que de vivre chez mes parents". Il est un cas rare. Il manifeste comme un fou, du coup. Il participe aux violences avec les anarchistes aussi. "Parce qu'ici, c'est la Grèce, peut-être que rien ne va changer, mais il faut quand même essayer !" Et si ses parents savaient, ils seraient "d'accord", ils le "soutiendraient !".

Elise Vincent

Source: Le Monde (édition du 12 décembre]
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/11/parce-qu-ici-c-est-la-grece-peut-etre-que-rien-ne-va-changer-mais-il-faut-quand-meme-essayer_1129778_3214.html#ens_id=1127970

Genèse d'une révolte de la jeunesse grecque désenchantée

Le Monde - 12 décembre 2008

ATHÈNES ENVOYÉE SPÉCIALE

Haut-parleurs posés sur les tables, banderoles des cortèges du matin rangées, les voix éraillées se succèdent, mercredi après-midi 10 décembre, sur l'estrade de l'amphithéâtre comble, au dernier étage de la faculté de droit, à Athènes. Au cinquième jour d'émeutes, c'est l'heure de l'assemblée générale dans cette place forte de la révolte de la jeunesse grecque.

Tout ce que la planète rebelle étudiante compte de mouvements syndicaux - EEK, EKKE, OKDE... - tient à s'exprimer. Ça dure des heures. Ils en baillent eux-mêmes. Mais après le succès des premiers jours de "lutte", tous redoutent désormais son délitement. Pour entretenir le mouvement, ils cherchent des convergences. La diversité des participants rend l'opération délicate.

Chronologiquement, les premiers à s'être mobilisés ont été les "anarchistes". Une heure et demie seulement après la mort d'Alexandre Grigoropoulos, 15 ans, tué par un policier le 6 décembre, ils ont démarré les premières violences. Le drame a eu lieu dans leur fief, le quartier d'Exarchia. Cagoulés, habillés en noir, ce sont eux, pour l'essentiel, chaque jour, les chefs d'État-major de la guérilla urbaine dans les rues de la capitale. Leur QG est à l'université polytechnique (Le Monde du 10 décembre).

La mouvance anarchiste a une histoire particulière, en Grèce. Elle s'est développée dans la foulée de la chute du régime des colonels, en 1974. Mais cette fois, leur violence et leur nombre a surpris. Jusqu'alors estimés à 200 ou 300 individus, ils sont évalués aujourd'hui entre 1 000 et 2 000. Secrets, ils refusent de parler aux médias. Des jeunes issus de l'immigration, sans papiers, se sont par ailleurs très vite joints à eux dans les pillages. En Grèce, à cause du droit du sang, un jeune né dans le pays de parents étrangers ne peut être naturalisé.

Dans le sillage des anarchistes, les lycéens se sont ensuite mobilisés le plus vite. L'adolescent tué avait leur âge. Un peu plus de vingt-quatre heures après le drame, rompus à Internet, aux chats et aux SMS, ils ont été les premiers en mesure d'organiser une manifestation. "On s'est appuyés sur le réseau "Hi 5" (un équivalent de Facebook) où tous les élèves sont inscrits", explique Jason, 15 ans, petit brun aux yeux verts en sweat-shirt. Dans chaque lycée, un groupe de 15 élèves suivent la mobilisation. Il fait partie de l'un d'entre eux. Les syndicats enseignants ont assuré leur liaison avec les étudiants.

Ces derniers les ont rejoints via leurs propres syndicats, ceux d'extrême gauche en particulier. "Et cette fois, ce n'est pas une minorité qui a imposé sa vision à la majorité, tout le monde était d'accord", souligne Nikos Dimou, écrivain et bon connaisseur de ces questions. Ils ont voté la grève des "facs" et l'occupation de deux d'entre elles. Toute une jeunesse désenchantée de 20 à 35 ans s'est alors agrégée. La "génération 600 euros", comme on l'appelle, en Grèce, à cause des bas salaires auxquels ils sont cantonnés.

Comment tous ces groupes se sont-ils mobilisés aussi vite, ensemble et massivement ? Les origines de ces retrouvailles seraient à chercher dans les violentes manifestations qui ont eu lieu en 2006, pendant plusieurs mois, contre un projet de privatisation du système éducatif.

A l'époque, lycéens, étudiants, professeurs et anarchistes avaient déjà fait front commun. Depuis, "on entretenait des liens informels, mais réguliers", raconte Themistoklis Kotsifakis, le secrétaire général du syndicat enseignant Olme. La révolte étudiante de 1974 a aussi un poids "considérable" dans les événements d'aujourd'hui, selon M. Dimous. L'imagerie populaire lui attribue la chute de la dictature du régime des colonels. L'histoire est plus complexe, mais le mythe est là, extrêmement mobilisateur.

Le dernier ciment s'est fait autour du ras-le-bol du système universitaire archaïque en place, incapable d'assurer une insertion professionnelle convenable. Basé sur un concours d'entrée, le cursus et le lieu des études sont fonction du classement qu'on y a obtenu et d'un certain nombre de voeux.

Un jeune Athénien espérant étudier la médecine peut ainsi tout à fait se retrouver à apprendre la théologie sur l'île de Rhodes. L'histoire et la religion y sont aussi toujours enseignées sous un angle très nationaliste. Les pesanteurs du système sont telles que plusieurs dizaines de milliers de familles, pas forcément aisées, décident chaque année de se saigner aux quatre veines pour envoyer leurs enfants étudier à l'étranger.

Après cinq jours d'émeutes, la mobilisation des jeunes grecs est en tout cas à un tournant. Leur seule revendication unanime pour l'heure : "Le renversement du gouvernement". Du coup, la vraie "vitrine" de leur révolte reste les violences urbaines.

Beaucoup de jeunes qui les désapprouvent s'en inquiètent. D'autant que, aussi affaibli soit-il, le gouvernement de Costas Caramanlis en joue, laissant entendre qu'il est "prêt à certaines concessions si les violences se calment", comme l'explique au Monde une source gouvernementale.

Sur le fond, la nébuleuse d'associations et de syndicats étudiants et lycéens ont du mal à s'entendre. Certains réclament la fin des occupations d'universités, d'autres non. Sur la forme, ils manquent de représentants clairement élus. Certains n'y voient pas de problème, d'autres, comme les Jeunesses communistes, en font la condition de leur participation aux assemblées générales.

Dans le capharnaüm de l'assemblée générale de la "fac" de droit, mercredi, le consensus s'est fait autour de la motion suivante : "Maintien de la fermeture des universités, maintien des occupations, tous les livres gratuits, enseignement public gratuit, récupérer nos vies volées, désarmement des policiers, suppression des MAT (policiers anti-émeute), appel à la manifestation le 12 décembre, occupation d'un bâtiment public pendant soixante-cinq heures le même jour".

Une étudiante s'agace : "Mais ça n'a aucun sens, il n'y a rien de neuf !". Une autre tente : "Et les violences, on dit rien dessus ?" Un vague brouhaha leur a répondu.

Elise Vincent

Source: Le Monde (édition du 12 décembre]
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/11/genese-d-une-revolte-de-la-jeunesse-grecque-desanchantee_1129777_3214.html#ens_id=1127970

La jeunesse grecque coincée entre chômage et bas salaires

Le Monde - 12 décembre 2008

ATHÈNES CORRESPONDANCE

L'explosion de colère sans précédent de la jeunesse grecque traduit un malaise profond, tant dans le secteur inadapté de l'éducation que dans le monde du travail, où les inégalités se sont creusées ces vingt dernières années.

En trente ans, la Grèce s'est radicalement transformée, passant de l'état de pays en voie de développement, principalement agricole, au statut de leader économique du monde balkanique, fort de ses banques, de son tourisme et de sa marine marchande. Tout cela grâce à son adhésion, en 1981, à la Communauté européenne, qui a injecté des fonds massifs dans l'économie. Mais les réformes indispensables, notamment dans l'éducation, la recherche - quasi inexistante -, la santé et sur le marché du travail n'ont pas suivi.

Surveillés de près par la Commission européenne, les conservateurs grecs, au pouvoir depuis 2004, ont tenté d'assainir les comptes qui avaient explosé avec les très coûteux Jeux olympiques de 2004. Depuis, le ministre de l'économie, Georges Alogoskoufis, n'a eu de cesse de freiner les dépenses sociales et de privatiser pour rester dans les clous du pacte de stabilité. Le budget de l'éducation représente moins de 3,5 % du budget national et, à maintes reprises, depuis deux ans, les lycéens et étudiants ont manifesté, exprimant leur angoisse face à un avenir bouché et réclamant des crédits supplémentaires pour l'éducation. M. Alogoskoufis a refusé de desserrer les cordons de la Bourse, la grogne et les ressentiments se sont installés.

"MÉLANGE EXPLOSIF"
La dernière réforme de l'éducation adoptée par la majorité conservatrice est restée vide de contenu. Les familles continuent d'envoyer leurs enfants dans les cours privés du soir pour leur donner une chance d'intégrer l'université, ce qui leur coûte, dès le collège, près de 500 euros par mois.

Et leur diplôme ne leur assure pas forcément de débouché. Le marché du travail n'absorbe que la moitié des quelque 80 000 diplômés par an des universités. Il ne leur reste que "le choix entre le chômage, le départ à l'étranger ou la surexploitation", affirme Savvas Rombolis, chercheur à l'Institut du travail (INE) de la puissante Confédération des travailleurs grecs (GSEE, 600 000 adhérents). Selon les chiffres de septembre, la tranche d'âge des 15-24 ans est la plus touchée par le chômage, avec un taux de 24,3 %. Les femmes sont aussi mises à mal, avec un taux de 10,7 %, le double de celui des hommes (5,1 %). "Le chômage des jeunes et leur difficulté à entrer dans le monde du travail s'ajoutent au bas niveau des salaires, entre 700 et 900 euros, aux angoisses créées par la crise financière et à la hausse des taux d'intérêt. Tous ces facteurs engendrent l'inquiétude et l'insécurité, un mélange explosif que les événements ont révélé", a estimé Manolis Hadzidakis, analyste financier de la société de courtage Pigasos.

"La situation est angoissante, nous ne sommes pas parvenus à moderniser le marché du travail, les demandes ont considérablement changé, le niveau des études a baissé, renchérit Stathis Anestis, membre de la direction de la GSEE et responsable de l'INE. Les jeunes n'ont pas accès au marché du travail, les conditions d'entrée sont pires que du temps de la génération précédente." Selon M. Anestis, on peut s'attendre, après les fêtes, à "une vague de licenciements massifs" et à une perte, en 2009, de "de 100 000 emplois, ce qui correspond à 5 % de chômage supplémentaires". Cette vague de licenciements devrait toucher, selon M. Anestis, les secteurs du bâtiment, du tourisme et du commerce. Pour M. Rombolis, "la jeune génération ne peut pas s'en sortir, avec un salaire mensuel de 400 à 500 euros, alors que les prix sont du niveau de ceux de l'Allemagne ou de la France".

La situation n'est guère meilleure pour la plupart des Grecs : 40 % des travailleurs gagnent moins de 1 100 euros brut, selon les études de l'INE. La Grèce a le taux le plus élevé de travailleurs pauvres (14 %) des Vingt-Sept. Nombre de salariés sont obligés de recourir à un second travail pour boucler les fins de mois.

Didier Kuntz

Source: Le Monde (édition du 13/12/08)
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/12/la-jeunesse-grecque-coincee-entre-chomage-et-bas-salaires_1130395_3214.html#ens_id=1127970

Si, la Grèce est un État moderne !


Le Figaro - 12 décembre 2008

Par Dimitrios Paraskevopoulos, ambassadeur de Grèce en France.

Ces derniers jours, la Grèce se trouve au centre d'une actualité internationale bien négative. Des troubles graves à l'ordre public ont parfois été rapportés et expliqués comme une absence d'État.Où se trouvent, toutefois, la réalité, la vraie étendue des événements, l'identité de la situation ayant lieu, actuellement, en Grèce ?

Le 6 décembre, un adolescent a trouvé la mort, par balle, provenant de l'arme d'un policier. Ce fait est humainement, socialement et politiquement inconcevable. Le président de la République hellénique considère qu'il a «profondément blessé notre démocratie». Les policiers qui sont impliqués dans cette affaire sont détenus, et ont été mis en examen pour meurtre avec préméditation. La réaction populaire justifiée envers cet acte de violence intolérable a toutefois été récupérée par des anarchistes qui ont également essayé d'exploiter l'émotion publique, surtout de la jeunesse qui manifestait dans les rues en la mémoire de la jeune victime. Les forces de l'ordre, face à cette puissante sensibilisation de l'opinion, ne sont pas intervenues de manière répressive.

Cette épreuve ne peut, cependant, être considérée comme un critère suffisant pour tirer des conclusions sûres, pour parler de crise de grande dimension dans le pays, comme il a parfois été estimé. La Grèce est une société qui a dû, rapidement, arriver à maturité, en intégrant depuis 1974 les évolutions politiques, sociales et économiques que la plupart des autres pays d'Europe occidentale, sinon tous, ont pu intégrer sur une période plus longue. Elle a dû fonder un État moderne, un État de droit, une société des citoyens. Depuis longtemps, elle a été jugée capable de devenir membre de l'Europe unie, ainsi que de participer aux zones euro et Schengen. Un pays manquant d'État ne peut, comme c'est le cas de la Grèce, avoir la confiance de ses partenaires pour conduire une opération militaire communautaire pour la sécurité internationale. Il ne peut, non plus, se voir confier, par la Communauté internationale, la présidence de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe à partir du 1er janvier 2009. Bien sûr, comme partout, notre système socio- économique doit affronter la réalité économique internationale d'aujourd'hui. La Grèce, comme tous ses partenaires communautaires, s'efforce d'assurer un équilibre difficile entre des réformes inévitables et le maintien de l'État social, qui garantit la cohésion et la paix au sein de la société. L'expérience que vit la Grèce ces derniers jours souligne l'importance de cette priorité, ainsi que le prix, pour la démocratie, d'avoir une société ouverte et tolérante, ces deux éléments étant constitutifs de son identité.

Source: Le Figaro (édition du 12 décembre 2008).
URL: http://www.lefigaro.fr/debats/2008/12/16/01005-20081216ARTFIG00001-si-la-grece-est-un-etat-moderne-.php

Grèce: nouveaux heurts entre jeunes et policiers à Athènes


Le Monde.fr - 12 décembre 2008

Des jeunes ont jeté vendredi des cocktails Molotov et divers projectiles sur des policiers, qui ont répondu en tirant des gaz lacrymogènes, au cours d'une manifestation des élèves et étudiants à Athènes, a constaté un journaliste de l'AFP.

Quelques minutes après cette escarmouche, le calme est revenu mais la tension persistait.

Ce bref face-à-face entre des dizaines de jeunes et les policiers a eu lieu en début d'après-midi alors que près de 4.000 personnes s'apprêtaient à défiler dans le centre d'Athènes.

Ces escarmouches interviennent au septième jour d'une mobilisation sans précédent déclenchée en Grèce, six jours après la mort d'un adolescent tué par un policier, qui a entraîné une mobilisation quotidienne en Grèce.

Plusieurs professeurs, élèves et étudiants scandaient des slogans hostiles aux policiers précédés par une banderole portant l'inscription "Etat assassin".

"Le sang coule et appelle vengeance", "Un à terre, des milliers dans la rue", scandaient les manifestants.

La mort samedi d'Alexis Grigoropoulos, 15 ans, a entraîné une série de manifestations de jeunes et d'affrontements avec les policiers. Ces incidents ont causé d'importants dégâts à des commerces, des banques et de bâtiments officiels à Athènes et dans les grandes villes du pays.

Athènes avait connu entre jeudi et vendredi sa première nuit de calme relatif après ces six jours de manifestations et de violences.

Source: Le Monde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/web/depeches/texte/0,14-0,39-37875910,0.html

Serbie: recherches dans le centre du pays sur les traces de Ratko Mladic


AFP - 12 décembre 2008

La police serbe a lancé des recherches vendredi matin à Arandjelovac (centre de la Serbie), dans un bâtiment où Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, aurait séjourné, a-t-on confirmé officiellement à Belgrade.

"Dans le cadre du plan d'action visant à localiser, arrêter et transférer les fugitifs recherchés par le Tribunal de La Haye, le procureur (serbe) pour les crimes de guerre Vladimir Vukcevic a ordonné à la police d'effectuer des recherches dans certains établissement à Arandjelovac", indique un communiqué du bureau du procureur diffusé vendredi à Belgrade.

"La police fouille un établissement à Arandjelovac dans lequel nous pensons que Ratko Mladic a séjourné", avait déclaré auparavant à l'AFP une source policière sous le couvert de l'anonymat. "Pour l'instant, nous n'avons pas d'autres détails" sur l'opération, a ajouté cette source.

Arandjelovac, une ville de 50.000 habitants connue pour sa station thermale, est située à 70 km au sud de Belgrade.

Selon la radio B92, les recherches ont lieu dans une maison de la rue Kosovska à Arandjelovac, appartenant à un Serbe originaire de Bosnie-Herzégovine, Ljubinko Zlatic. Celui-ci, un retraité ayant travaillé en Allemagne, vit dans cette maison avec son épouse. Il est revenu vivre à Arandjelovac il y a quelques années, a ajouté la radio B92.

La police n'a interpellé personne, a-t-on ajouté de même source.

Des recherches avaient été effectuées le 4 décembre dans plusieurs endroits de Belgrade et notamment au domicile du fils de Mladic, Darko. Les perquisitions avaient duré toute la journée.

Les autorités serbes avaient alors expliqué que l'opération avait pour objectif de retrouver les soutiens financiers permettant de soutenir Ratko Mladic dans sa cavale. Les autorités avaient annoncé que ce type d'opérations se multiplieraient dans l'ensemble du pays.

Toujours dans le cadre des recherches de Ratko Mladic, les forces de sécurité serbes avaient procédé le 10 novembre, pendant près de cinq heures, à la perquisition d'une usine de la périphérie de Valjevo, ville située à 80 km au sud-ouest de Belgrade.

Cette opération d'envergure s'était déroulée à quelques jours de la visite à Belgrade du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI), Serge Brammertz, les 17 et 18 novembre. Le TPI de La Haye réclame l'arrestation de Ratko Mladic, mais aussi celle d'un ancien responsable des Serbes de Croatie, Goran Hadzic.

Ratko Mladic est inculpé depuis 1995 pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité par le TPI pour son rôle pendant la guerre de Bosnie (1992-1995). Goran Hadzic est inculpé de crimes contre l'humanité pour son rôle pendant la guerre d'indépendance de la Croatie (1991-1995).

La cavale des deux hommes entrave la progression de la Serbie vers l'Union européenne, à laquelle Belgrade aspire.

L'annonce de l'opération à Arandjelovac se produit le jour même où, rappelle la presse serbe, le procureur du TPI, Serge Brammertz, doit présenter devant le Conseil de sécurité de l'ONU son rapport sur la coopération de Belgrade avec le Tribunal.

Source: Google Actualités - 12 décembre 2008
URL: http://fr.news.yahoo.com/2/20081212/twl-serbie-recherches-dans-le-centre-du-c99dde2.html

Le Monténégro décide de déposer sa candidature d'adhésion à l'UE


Xinhua - 12 décembre 2008

BELGRADE -- Le gouvernement monténégrin a déclaré jeudi dans un communiqué qu'il avait décidé de déposer sa candidature officielle d'adhésion à l'Union européenne, ce qui est un pas supplémentaire vers son rêve d'adhérer à l'UE.

Le calendrier de la présentation de candidature n'a pas été précisé dans le communiqué, bien que le Premier ministre monténégrin Milo Djukanovic ait déclaré que son pays serait prêt d'ici la fin 2008.

"La candidature sera présentée conformément au processus réussi de l'application de l'Accord provisoire, à la bonne communication avec les pays de l'Union européenne et aux progrès réalisés par le pays sur le chemin menant à l'intégration européenne", a indiqué le gouvernement.

Le Monténégro a entamé son processus d'adhésion à l'UE en novembre 2005 avant la proclamation de son indépendance en juin 2006 par la voie d'un référendum historique ayant officialisé sa rupture avec la Serbie.

Il a signé l'accord de stabilisation et d'association (SAA) avec l'UE en octobre 2007, première étape vers l'adhésion au bloc de 27 nations pour les pays des balkans.

La Macédoine a été le dernier pays des balkans à demander officiellement à adhérer à l'UE en 2004, mais les négociations d'adhésion n'ont jamais débuté en raison de la dispute sur le nom du pays qui l'oppose depuis longtemps à la Grèce. D'autres pays des balkans, dont la Serbie et l'Albanie, devraient imiter le Monténégro en déposant une candidature d'adhésion à l'UE.

Source: Xinhuanet
URL: http://www.french.xinhuanet.com/french/2008-12/12/content_778418.htm

Grèce. La guérilla urbaine s’installe


Le Télégramme - 12 décembre 2008

Les manifestants grecs ne semblent pas près de cesser les affrontements avec la police. Beaucoup de jeunes qui ont passé « l’épreuve du feu » de la violence viennent grossir leurs rangs.

« Ce n’est pas un mouvement, ce sont des émeutes. » Nikos, 25 ans, militant d’une organisation d’extrême-gauche depuis cinq ans n’en revient toujours pas. « Je n’avais jamais jeté de pierre sur la police avant samedi soir. Depuis, j’en ai lancé des centaines et même plusieurs cocktails Molotov », affirme-t-il, assis sur un banc de sa faculté. Cet étudiant athénien occupe son université depuis lundi. Mais depuis ce week-end, il manifeste tous les jours pour réclamer la « justice pour Alexis », cet adolescent de 15 ans tué par un policier samedi dernier. Comme lui des centaines d’étudiants, de lycéens, mais aussi quelques salariés, chômeurs et migrants affrontent quotidiennement le MAT, les forces anti-émeutes. Hier, plusieurs manifestations spontanées suivies de violentes altercations se sont déroulées dans la ville. Sur le port du Pirée, plusieurs centaines de jeunes, pour la plupart du quartier, ont jeté des pavés sur la police pendant des heures. En milieu de matinée, ce sont des commissariats qui ont été visés.

Les grands partis politiques absents

Toute la journée, des centaines de manifestants se sont relayés pour tenir tête aux policiers devant la prison de Korydallos où le policier responsable de la mort de l’adolescent a été placé en détention provisoire. « Nous sommes très en colère contre les forces de l’ordre, pour la mort d’Alexis mais aussi pour la répression qui existe depuis plusieurs mois. C’est pour cela que les jeunes réagissent plus violemment que jamais », affirme Nikos. Mais pour le militant, il est temps de partir pour la manifestation qui doit quitter le centre d’Athènes vers 18 h. A 19 h, le cortège de plusieurs centaines de personnes n’est toujours pas parti. Déjà, les banderoles des universités, des organisations anarchistes et trotskystes sont déployées. Ni les deux centrales syndicales, ni les grands partis politiques ne se sont joints à la manifestation.

« Nous avons passé le cap de la violence »

Dans le défilé, nous rencontrons Alex, Andreas et Mathieu, élèves du lycée français d’Athènes. Eux-aussi ont jeté des pierres et ont hurlé des slogans. Andreas se défend : « Le MAT nous balance des gaz lacrymogènes sans arrêt. On ne va pas se laisser faire non plus. » Son ami renchérit : « Les flics nous provoquent tout le temps, ils se sont même pointés pour l’enterrement d’Alexis. C’est pour ça que nous et tous les élèves du lycée français, nous avons passé le cap de la violence. » Les affrontements commencent. Des manifestants s’en prennent a des vitrines tandis que les policiers tentent de protéger les banques. Jusqu’à 20 h 15 et la dispersion du cortège à coup de gaz lacrymogènes, les échauffourées se poursuivront. Mais déjà des centaines de jeunes se dirigent vers le quartier de l’université pour une cinquième nuit d’émeutes.

Le reste de l’Europe touché par «l’incendie» grec ?

Taux de chômage important chez les jeunes, manque de perspectives politiques... La colère grecque est révélatrice d’un malaise qui touche l’ensemble de la jeunesse européenne.

L’incendie qui s’est allumé samedi dernier en Grèce ne paraît pas sur le point de s’éteindre. Chaque journée voit se dérouler de nouvelles manifestations. Et même l’arrestation du policier responsable de la mort d’un jeune étudiant n’y a pas changé grand-chose. Hier, c’est sous les murs de la prison où il est incarcéré que se sont déroulés les heurts les plus violents. C’est que cette tragédie n’a été qu’une étincelle qui, tombant sur un terrain déjà prêt à s’embraser, a suffi à enflammer toute une partie du pays. Et, il ne peut être exclu que l’incendie grec se communique aux pays voisins dans lesquels la jeunesse ne se voit pas d’avenir.

La France et l’Italie

La Grèce offrait un terrain particulièrement favorable à ce genre de protestation du fait du fort taux de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans, d’une forte inflation et de l’existence d’un système politique bloqué et corrompu. Mais, d’autres pays d’Europe présentent également plusieurs de ces traits. C’est notamment le cas de la France et de l’Italie et ce n’est pas par hasard que les manifestations étudiantes et lycéennes s’y multiplient. L’Italie a été la première touchée puisqu’un vaste mouvement étudiant d’y est déjà produit à la fin du mois d’octobre. En France, nul ne saurait imaginer que seule la modification du baccalauréat annoncée par Xavier Darcos soit à l’origine de protestations que les syndicats eux-mêmes ont du mal à encadrer. « Dans tous les pays du monde, à travers l’histoire, on a vu se produire des mouvements plus ou moins organisés, plus ou moins violents quand l’angoisse d’une partie de la population ne pouvait découvrir aucune issue politique, souligne Michel Wievorka, directeur de recherches à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). » En Grèce, un diplômé sur deux ne trouve pas d’emploi dans le pays à l’issue de ses études. Le système politique est corrompu et le même parti est au pouvoir depuis sept ans.

Pas de recours à la politique

En France et en Italie, si la situation n’est pas tout à fait analogue, les lycéens et les étudiants qui manifestent, et qui demain peuvent se livrer à des violences, le font parce qu’ils ont le sentiment de se heurter à un pouvoir trop sûr de lui-même pour prendre en compte leurs angoisses tandis qu’il n’existe aucun relais politique crédible. Un parti socialiste délabré en France, une gauche engagée dans une impasse en Italie ne peuvent que constater leur propre impuissance et décrédibilisent l’idée même du recours à la politique. En Allemagne ou en Grande-Bretagne, en revanche, il reste l’espoir que des élections assez proches puissent apporter une réponse à une situation qui est, de toute façon, moins tragique. Une chose est sûre : les événements de Grèce auront été le révélateur du malaise de la jeunesse européenne.

Leïla Minano

Source: Le Télégramme
URL: http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/monde/grece-la-guerilla-urbaine-sinstalle-20081212-4349139_1567427.php

Thursday, 11 December 2008

«La Grèce a perdu sa cohésion sociale»


Propos recueillis à Athènes par Thierry Oberlé - Le Figaro.fr

INTERVIEW - Chroniqueur au quotidien «Ta Nea» et auteur de L'Invention de la Vénus de Milo (*), l'écrivain Takis Théodoropoulos évoque cette perte de confiance en soi qui touche l'ensemble de la société grecque et qu'expriment de manière spectaculaire les émeutes que connaît son pays depuis cinq jours.

LE FIGARO. - Qui sont les jeunes en colère ?
Takis THÉODOROPOULOS. - Alexis, l'adolescent de 15 ans tué par un policier était un fils de bonne famille. Ce ne sont pas, comme dans les banlieues françaises en 2005, les jeunes défavorisés qui se déchaînent contre la police, mais les enfants de la bourgeoisie. Ce n'est pas non plus, comme on peut le lire parfois dans les médias parisiens, la «génération 600 euros», celle des emplois précaires et mal payés qui tient le haut du pavé. Ce sont d'abord des filles et des garçons de 15 ans. Ils suivent ceux que la presse appelle par euphémisme les anarcho-autonomes, qui sont en fait des professionnels de la violence nourris à l'abri d'une administration incompétente, sorte de talibans qui n'ont pas hésité lundi soir à mettre le feu au Musée archéologique d'Athènes.

Quant aux jeunes, eux, ils n'hésitent pas à reprendre le discours politique stéréotypé de leurs aînés. Ils dénoncent l'État policier alors que la police est un secteur public qui fonctionne mal, comme d'ailleurs tous les secteurs publics grecs. Dans ce pays, l'anarchiste, c'est aussi le directeur des impôts ou le policier qui fait ce qu'il veut. Cette jeunesse est le reflet d'une société en faillite. Elle en est la partie la plus sensible et exprime de façon plus bruyante une implosion du système politique, économique et social.

Pourquoi la jeunesse a-t-elle peur de l'avenir ?
Le cycle engagé avec le passage de la dictature à la démocratie puis poursuivi par l'adhésion à l'Union européenne à l'issue d'un énorme effort de mise à niveau s'est achevé avec les Jeux olympiques d'Athènes de 2004. Durant cette période, les générations montantes pouvaient s'appuyer sur la solidarité familiale particulière aux pays méditerranéens. Il était possible de compter sur ses parents jusqu'à 30 ans, voire 40 ans. Je me souviens d'un gars qui, après avoir brûlé sa voiture pour fêter la victoire de la Grèce au championnat d'Europe de football en 2004, avait déclaré : «Ce n'est pas grave, maman va m'en payer une nouvelle.» Ce protectionnisme familial est en déclin pour des raisons économiques. Longtemps alimentée par le clientélisme de la classe politique, la demande constante des jeunes Grecs à devenir fonctionnaire à la fin de leurs études devient un mirage. Les jeunes en ont conscience. Le déficit de l'éducation joue également un rôle déterminant. Les diplômés quittent le système éducatif sans armes pour se défendre car le savoir a perdu de sa valeur.

Quelle est la responsabilité de la classe politique ?
La responsabilité de la classe politique est écrasante. Nous avons l'impression que le gouvernement actuel avoue qu'il est incapable de gérer la crise parce que sa spécialité, ce sont les affaires. Le pouvoir est partagé depuis le retour à la démocratie par quelques grandes familles politiques et leurs amis. Il fonctionne par passe-droits. Un ministre mis en cause dans des scandales a récemment déclaré avoir succombé à l'affairisme pour sauver la dignité de ses enfants. Le jeune qui s'ennuie répond à ce cynisme officiel en brûlant Athènes.

Où va la société grecque ?
Le système traditionnel s'effondre et l'Europe n'est plus un modèle. Ce double mouvement accélère le krach social. Les derniers événements sont l'expression d'une perte de confiance qui n'est pas sans rappeler les grandes peurs qu'avait connues Athènes au Ve siècle après Périclès. Sa grande peur alors n'était pas l'invasion des barbares. Sa grande peur était la dissolution du tissu social, la mise en cause de la cohésion de la cité.

(*) Éditions Sabine Wespieser

Source: Le Figaro.fr
URL: http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/12/01003-20081212ARTFIG00011-la-grece-a-perdu-sa-cohesion-sociale-.php

Divergences au sein du gouvernement serbe autour d'un accord avec Gazprom


Romandie News (avec AFP) - 11 décembre 2008

BELGRADE - Un important accord énergétique serbo-russe, comprenant la vente de la compagnie publique pétrolière serbe NIS, a provoqué des divergences au sein du gouvernement serbe, un ministre mécontent de l'offre russe ayant quitté l'équipe de négociateurs, a rapporté l'agence Tanjug.

Le ministre de l'Economie, Mladjan Dinkic, et trois autres responsables ont quitté l'équipe chargée des négociations sur l'accord avec le géant gazier russe Gazprom, a confirmé le gouvernement serbe dans un communiqué.

Le ministre et ses associés ont indiqué dans une lettre aux médias serbes qu'ils avaient demandé "des garanties juridiques complètes qu'une partie du gazoduc South Stream passerait à travers la Serbie".

L'accord énergétique, qui devrait être signé d'ici la fin de l'année, porte sur l'achat par une filiale de Gazprom, Gazprom Neft, de 51% du monopole pétrolier serbe, l'Industrie pétrolière serbe (NIS), ainsi que sur le passage par la Serbie du gazoduc South Stream, et sur la construction d'un dépôt souterrain de gaz à Banatski Dvor (nord de la Serbie).

"La Russie n'accepte de signer que l'accord contraignant sur la vente de NIS (...) alors que les deux autres accords ne seraient pas contraignants", a indiqué M. Dinkic dans sa lettre.

"Si la Serbie signe un accord ne comprenant que la vente de NIS, elle perd toute garantie financière et juridique d'obtenir un jour un gazoduc majeur", précise M. Dinkic.

Selon M. Dinkic, son équipe avait proposé de ne vendre pour l'instant que 25% de NIS et de vendre encore 26 % de son capital une fois que l'accord sur le gazoduc sera finalisé, mais le gouvernement a rejeté cette proposition.

"Etant donné que toutes nos propositions ont été rejetées, j'ai décidé de me retirer des négociations avec mon équipe (...) parce que la Serbie n'avait pas de garanties juridiques et financières solides qu'elle obtiendrait un gazoduc majeur", a indiqué M. Dinkic.

La Serbie ne veut pas obtenir une branche secondaire de ce gazoduc qui doit relier la Russie à l'Europe du sud.

Le directeur de Gazprom, Alexeï Miller avait toutefois indiqué la semaine dernière que l'accord devrait être conclu avant la fin de l'année.

La Serbie et la Russie avaient signé cet accord en janvier à Moscou. Il a été ratifié par le Parlement serbe en septembre.

Certains membres du gouvernement ont critiqué depuis le prix de NIS, estimant qu'il était bien inférieur à son prix réel.

Selon l'accord, 51% de NIS devraient être vendus pour 400 million euros, et Gazprom s'engageait investir dans la compagnie 500 millions supplémentaires.

Un cabinet de conseil indépendant a estimé cependant que la valeur totale de NIS s'élevait à 2,2 milliards d'euros.

Source: Romandie.com avec AFP
URL: http://www.romandie.com/ats/news/081211203128.m377u50q.asp

UE : la Croatie pourrait à nouveau pâtir de ses relations avec la Slovénie


Le Monde.fr avec AFP - 11 décembre 2008

Le Premier ministre croate Ivo Sanader a espéré jeudi que les "problèmes" qui persistent entre Zagreb et la Slovénie n'empêcheraient pas l'avancée prévue la semaine prochaine des négociations d'adhésion de son pays à l'UE.

"J'espère que certains problèmes (...) toujours sur la table seront résolus pour que la Croatie puisse ouvrir dix chapitres et en fermer cinq", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse, dans une allusion au risque d'un veto slovène.

En octobre, Ljubljana avait déjà empêché l'ouverture de quatre des 35 chapitres thématiques qui jalonnent les négociations d'adhésion de la Croatie à l'UE, commencées en octobre 2005.

La Slovénie accuse Zagreb d'avoir inclus dans les documents transmis à l'UE sur ces chapitres des éléments qui préjugent de la fixation des frontières terrestres et maritimes entre les deux anciennes républiques yougoslaves, qui n'ont jamais réussi à se mettre d'accord sur cette question depuis leur indépendance en 1991.

"Il n'y a pas d'impasse, du moins pas encore, et nous essayons d'éviter une impasse", a de son côté commenté jeudi le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn, confirmant que dix chapitres étaient prêts à être ouverts et cinq à être fermés.

"J'espère et j'ai confiance dans le fait que ces problèmes seront surmontés (...) pour que nous puissions faire un vrai pas en avant dans les négociations d'adhésion", a-t-il ajouté, appelant à ce que la Croatie soit traitée de façon "juste".

Selon une source diplomatique slovène, la position de Ljubljana la semaine prochaine "dépendra" des résultats d'une médiation de la présidence française.

Les Slovènes exigent une lettre de Zagreb qui donne "suffisamment de garanties" sur le fait que les documents litigieux ne préjugent pas d'un règlement futur du problème frontalier.

Si c'est le cas, "la Slovénie acceptera d'ouvrir un nombre substantiel de chapitres", dans le cas contraire, "seulement un tout petit nombre" sera ouvert, a ajouté cette source.

Un autre diplomate a indiqué qu'en cas d'échec, un seul chapitre pourrait être ouvert.

Un tel résultat risquerait de mettre en cause la "feuille de route" indicative prévue par la Commission pour terminer les négociations techniques d'ici à la fin 2009.

Pour atteindre cet objectif, il faudrait ouvrir tous les chapitres d'ici à la fin de l'année ou au plus tard au tout début 2009. Or, à ce jour, seuls 21 sur 35 sont ouverts.

Interrogé sur ce scénario, M. Rehn n'a pas souhaité répondre. "Je ne veux pas spéculer sur un échec", a-t-il dit.

Source: LeMonde.fr avec AFP
URL: http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37870132@7-60,0.html

Tadic: La Serbie soutient l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine


Radio Srbija - 11 décembre 2008

La Serbie, en tant que garante des Accords de Dayton, soutient sans ambivalence l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine et l’intégration européenne de ce pays, a déclaré le président serbe, Boris Tadic, lors de l’entretien avec le Haut représentant en Bosnie-Herzégovine, Miroslav Lajcak à Belgrade. En soulignant que les Accords de Dayton ne pouvaient être modifiés que par le biais du consensus entre tous les trois peuples constitutifs en Bosnie-Herzégovine, Tadic a mis en relief que la Serbie saluait l’accord de principe atteint par les représentant des Serbes, des Bosniaques et des Croates sur les amendements à la Constitution. Indiquant que la Serbie ne souhaite pas s’ingérer dans les événements de la politique intérieure de la Bosnie-Herzégovine, Tadic a néanmoins mis en relief qu’il considérait d’inappropriées les déclarations du président de la Croatie, Stjepan Mesic, qui a critiqué, à plusieurs reprises, le Premier ministre de la Republika Srpska, Milorad Dodik. Aucun homme politique dans les Balkans n’a le droit moral ni politique de donner des leçons aux autres leaders, a mis en relief Tadic. Il a mentionné qu’il est nécessaire de suivre l’exemple des pays de l’Europe centrale, devenus membres de l’UE grâce au soutien mutuel, même si leur histoire rengorge des désaccords et conflits.

Source: Radio Srbija
URL: http://glassrbije.org/F/index.php?option=com_content&task=view&id=5481&Itemid=26

Les accrochages se poursuivent pour le sixième jour en Grèce

Reuters - 11 décembre 2008

ATHENES - Des bandes de jeunes ont lancé jeudi des pierres et des engins incendiaires sur des commissariats de police de la banlieue d'Athènes pour la sixième journée consécutive de violences urbaines.

Le centre de la capitale était moins agité que les jours précédents, la population ayant repris le chemin du travail au lendemain d'une grève générale de 24 heures à l'appel des syndicats pour protester contre la politique d'austérité du gouvernement.

A Athènes, des incidents ont toutefois éclaté avant l'aube lorsque des étudiants ont affronté la police dans une université occupée. En milieu de matinée, ces troubles s'étendaient à une quinzaine de commissariats de police, allant des quartiers chics de la banlieue nord à celles, populaires, du sud.

Bon nombre d'étudiants arboraient des banderoles portant l'inscription "Pourquoi ?" en référence à la mort du jeune Alexandros Grigoripoulos, 15 ans, abattu samedi par la police.

A Salonique, la deuxième ville du pays, un demi-millier de personnes ont fait le siège du commissariat central. Des manifestants se sont également rassemblés à Patras, la ville portuaire de l'ouest du Péloponnèse, ainsi qu'à Ioannina, ville du nord menant à l'Albanie.

L'extrême gauche devait se rassembler dans le courant de la journée de jeudi dans le centre d'Athènes tandis que d'autres manifestations sont prévues pour vendredi et lundi.

Dans un climat de fortes tensions socio-économiques, de plus en plus de Grecs s'interrogent sur le sort du gouvernement conservateur après les émeutes qui durent depuis le week-end.

Beaucoup se demandent désormais ce que réserve la suite de ces événements sans précédent depuis la fin de la dictature des colonels en 1974.

"Le gouvernement a montré qu'il était incapable de gérer la situation. Si la police se met à imposer la loi, tout le monde dira que la junte militaire est de retour", déclare Yannis Kalaitzakis, un électricien de 49 ans. "Le gouvernement est placé entre le marteau et l'enclume."

ÉLECTIONS DANS LES TROIS MOIS?

Beaucoup déplorent que le policier accusé d'avoir tué l'adolescent n'ait pas exprimé de remords en présence des enquêteurs mercredi. Il a dit avoir procédé à des tirs de sommation et qu'un projectile a atteint Grigoropoulos après avoir ricoché. Pour le journal Ethnos, cela revient à "jeter de l'huile sur le feu".

Ce policier, Epaminondas Korkoneas, et un de ses collègues inculpé de complicité de meurtre, ont été emprisonnés dans l'attente de leur procès. Il faut souvent des mois pour que les dossiers soient traités en Grèce.

Le Premier ministre, Costas Caramanlis, qui a annoncé des mesures financières en faveur de centaines de commerces et d'entreprises endommagés durant les émeutes, devait se rendre jeudi à Bruxelles pour un Conseil européen. Son gouvernement s'efforce de poursuivre ses tâches comme en temps normal.

Costas Caramanlis et le chef de l'opposition Georges Papandréou ont lancé des appels à l'arrêt des violences, qui se sont étendues à une dizaine de villes grecques en causant des dégâts évalués à plusieurs centaines de millions d'euros.

Des Grecs ont aussi manifesté à Paris, Berlin, Londres, La Haye, Moscou, New York, en Italie et à Chypre.

Si le gouvernement, qui a une seule voix de majorité au parlement, semble avoir survécu à l'impact immédiat de la tempête, son absence d'intervention a encore affaibli sa cote de popularité, estiment des analystes. L'opposition socialiste, en tête des sondages, réclame des élections anticipées.

"Selon le scénario le plus probable, Caramanlis organisera des élections dans deux ou trois mois", estime Georges Prevelakis, professeur de géopolitique à l'université de la Sorbonne (Paris).

Avec Dina Kyriakidou, Lefetris Papadimas, Tatiana Fragou, Angeliki Koutantou, version française Philippe Bas-Rabérin et Jean-Loup Fiévet

Source: L'Express.fr avec Reuters
URL: http://www.lexpress.fr/actualites/2/les-accrochages-se-poursuivent-pour-le-sixieme-jour-en-grece_725468.html

Le conflit grec menace de faire tache d'huile

Le Point.fr - 11 décembre 2008

Par Cyriel Martin (avec Agence)

La grogne grecque peut-elle s'étendre au reste de l'Europe ? De récents incidents qui ont éclaté dans plusieurs grandes villes d'Europe le suggèrent. En Italie, cinq policiers et un soldat ont été blessés mercredi à Rome et à Bologne lors d'affrontements avec des manifestants qui protestaient contre la mort du jeune Grec tué samedi par un policier. D'autres manifestations, qui ont dégénéré en affrontements avec la police, ont eu lieu en Espagne, à Madrid et Barcelone, tandis qu'un inconnu a lancé un engin incendiaire mercredi soir contre le consulat de Grèce à Moscou.

En France, deux véhicules ont été incendiés devant le consulat grec à Bordeaux. Deux responsables socialistes, Laurent Fabius, proche de la première secrétaire du PS Martine Aubry, et Julien Dray, soutien de Ségolène Royal, ont d'ailleurs mis en garde contre le risque de tache d'huile en France et en Europe des manifestations violentes en Grèce. "Ce qu'on voit en Grèce n'est pas du tout malheureusement hors du champ de ce qui peut arriver en France", a notamment déclaré l'ancien Premier ministre de François Mitterrand sur Europe 1 .

Pendant ce temps, six jours après la mort d'Alexis Grigoropoulos, âgé de 15 ans, abattu samedi à Exarchia par un fonctionnaire de police , la Grèce continue de s'embraser. Si la police reconnaît observer une "baisse de tension" par rapport aux jours précédents, les autorités assurent rester sur le qui-vive. "Nous devons faire face à des éléments hétéroclites et il est difficile de prévoir l'évolution de la situation", a expliqué ainsi le porte-parole de la police, Panayotis Stathis. En effet, des accrochages ont éclaté jeudi devant la prison athénienne de Korydallos, la principale du pays. Après avoir été repoussés par des gaz lacrymogènes, une centaine de manifestants ont entamé une protestation assise devant l'établissement. Des heurts ont eu lieu devant la faculté d'agronomie de la capitale tandis que des vandales s'en sont pris aux magasins.

Appels à la démission du gouvernement

De leur côté, les coordinations lycéennes ont annoncé la tenue d'une nouvelle manifestation jeudi soir à Athènes. Si, officiellement, les établissements scolaires ont rouvert, après un jour de deuil mardi et une grève générale mercredi, beaucoup de lycées et les principales universités d'Athènes restent occupés, dans l'attente d'assemblées générales pour décider de la suite du mouvement. Un conflit qui risque de s'enliser, d'autant que selon la loi en Grèce, la police ne peut pas intervenir dans les universités. La colère des jeunes Grecs est, selon des observateurs, le signe d'un profond malaise et d'une radicalisation de la jeunesse minée par l'insécurité économique et le chômage.

Pour tenter d'apaiser la situation, le Premier ministre grec Costas Caramanlis s'est déclaré "déterminé à renforcer le sentiment de sécurité publique et à soutenir les commerces qui ont subi des dégâts". Il a aussi annoncé une série de sept mesures pour l'indemnisation de centaines d'entreprises ravagées, notamment une aide de 10.000 euros à chaque petite et moyenne entreprise", ainsi que des subventions de 10.000 à 200.000 euros et des prêts pour réparer les dommages. Des décisions qui n'ont pas rassuré l'opposition socialiste, qui a appelé mardi matin à la démission du gouvernement, déjà déstabilisé par une série de scandales et par les retombées de la crise économique internationale.

Source: Le Point.fr
URL: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/le-conflit-grec-menace-de-faire-tache-d-huile/924/0/298738&xtor=EPR-6-%5BNewsletter-Quotidienne%5D-20081211

Les émeutes en Grèce préoccupent les politiques français

AFP - 10 décembre 2008

PARIS (AFP) — La crise en Grèce est suivie de près par les politiques français, l'opposition y voyant un "avertissement" et Nicolas Sarkozy s'inquiétant, tandis que l'UMP met en garde contre un "amalgame".

La situation à Athènes a été évoquée mercredi au Conseil des ministres, mais le gouvernement est encore réticent à la commenter.

François Fillon "suit la situation avec attention" mais appelle à "se garder des comparaisons hasardeuses", indique à l'AFP le cabinet du Premier ministre.

Plus disert, un proche du chef du gouvernement juge qu'en France aussi, "les gens ont le sentiment d'une paupérisation globale, de l'arrivée d'une vague de pauvreté dans le pays".

"Avec un tel sentiment, l'idée de la révolte peut venir assez vite, poursuit cette source. Mais François Fillon n'est pas dans cet état d'esprit funèbre. Sa réponse, c'est continuer la réforme".

Selon un député UMP présent au déjeuner des députés mercredi à l'Elysée, Nicolas Sarkozy aurait exprimé à propos de la Grèce "un souci de prévenir ce genre de situation dans notre pays".

Interrogé, selon un autre participant, sur une éventuelle amnistie fiscale, le président se serait dit "pas assez dingue pour proposer" un tel projet.

"Les Français adorent quand je suis avec Carla dans le carrosse", aurait-il ajouté, "mais en même temps ils ont guillotiné le roi (Louis XVI, ndlr). C'est un pays régicide. Au nom d'une mesure symbolique, ils peuvent renverser le pays, regardez ce qui se passe en Grèce".

Pour l'heure, l'UMP met en garde contre un "amalgame" entre les manifestations grecques et les mouvements lycéens et étudiants en France.

"En Grèce, les émeutes remettent en cause la société verticale, une corruption endémique, l'absence de perspectives d'avenir, et l'immobilisme", selon Chantal Brunel, une porte-parole du parti. "En France, les syndicats protestent contre le changement et la volonté de réformer".

A gauche en revanche, le socialiste Jean-Christophe Cambadélis, d'origine grecque, voit "un avertissement" dans les rues d'Athènes, et souligne qu'en France, "la précarisation des jeunes et des étudiants n'est plus à démontrer".

La centriste Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem, pointe elle aussi "le climat de dégradation extrême qui est celui de tout le système éducatif".

"Dans les messages qu'on reçoit de partout en France, dit-elle, on voit que ce sont aussi aussi bien les élèves - lycéens, IUT, facs - que les enseignants et parents d'élèves qui se mobilisent".

Le député Verts Noël Mamère estime pour sa part que les émeutiers grecs "ne sont pas des anarchistes, ce sont des gens formés à l'université".

"Il y a une vraie difficulté à vivre pour beaucoup de nos compatriotes, une inquiétude sur le lendemain. La période de crise dans laquelle nous allons entrer peut devenir menaçante", note enfin le député UMP François Baroin.

Dans ce contexte, ce chiraquien volontiers critique envers sa propre majorité appelle le pouvoir à "se consacrer sur l'essentiel", à savoir "la relance économique".

Source: Google Actu avec AFP
URL: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iIs-eHt-Se0EOQSpiM5NQk81PcqA

Grèce: nouveaux incidents à Athènes, une contagion de la crise redoutée

AFP - Jeudi 11 décembre 2008

ATHENES (AFP) — De nouveaux incidents ont éclaté jeudi entre jeunes et policiers à Athènes, après cinq jours d'émeutes qui ont plongé la Grèce dans une profonde crise sociale et politique, tandis que des violences dans plusieurs grandes villes d'Europe faisaient redouter une contagion.

Malgré les nouvelles escarmouches de jeudi matin, pour certaines très ponctuelles, la police faisait état d'une "baisse de tension" par rapport aux jours précédents, tout en restant sur le qui-vive.

"Il y a une baisse de tension par rapport à lundi et mardi, mais nous devons faire face à des éléments hétéroclites et il est difficile de prévoir l'évolution de la situation", a expliqué à l'AFP le porte-parole de la police, Panayotis Stathis.

Jeudi matin, des affrontements entre jeunes et policiers ont éclaté devant la prison de Korydallos à Athènes, la principale du pays, devant la faculté d'Agronomie, occupée par les étudiants, et dans deux autres quartiers de la capitale grecque, tandis que de nouveaux rassemblements étaient attendus.

"Nous nous attendons à divers rassemblements de contestataires en fin d'après-midi, surtout autour des universités", a ajouté le porte-parole.

Les coordinations lycéennes avaient de leur côté prévu de bloquer dans la matinée de grandes artères de la capitale, tandis qu'une nouvelle manifestation d'étudiants devait être organisée jeudi soir à Athènes.

Affaibli par cette flambée de violence, mis en cause par les manifestants qui dénoncent la politique d'austérité du gouvernement, le Premier ministre conservateur, Costas Caramanlis, est parti jeudi pour Bruxelles, où il doit participer au sommet européen sur le climat.

Pendant ce temps, des incidents faisant redouter une contagion de la crise grecque ont éclaté dans plusieurs grandes villes d'Europe, comme à Rome et à Bologne, en Italie, où cinq policiers et un soldat ont été blessés mercredi lors d'affrontements avec des manifestants qui protestaient contre la mort du jeune Grec tué samedi par un policier.

D'autres manifestations, qui ont dégénéré en affrontements avec la police, ont eu lieu en Espagne, à Madrid et Barcelone, tandis qu'un inconnu a lancé un engin incendiaire mercredi soir contre le consulat de Grèce à Moscou. A Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, deux véhicules ont été incendiés devant le consulat de Grèce.

Officiellement, les établissements scolaires ont rouvert jeudi en Grèce, après un jour de deuil mardi et une grève générale mercredi, mais beaucoup de lycées, et les principales universités d'Athènes restaient occupés, dans l'attente d'assemblées générales pour décider de la suite du mouvement.

Les mouvements étudiants ont déjà annoncé la tenue vendredi d'une grande manifestation.

"Nous sommes encore sur la crête du mouvement, heureusement en province, la situation est plus calme", a ajouté M. Stathis.

La Grèce est confrontée à une flambée de violences urbaines sans précédent depuis le retour de la démocratie, en 1974, déclenchée par la mort samedi soir à Athènes d'Alexis Grigoropoulos, tué par un policier dans le quartier d'Exarchia.

Dans ce quartier du centre d'Athènes, où se trouve l'Ecole Polytechnique occupée par des étudiants, une quarantaine de jeunes ont jeté tôt jeudi matin des pierres contre les forces anti-émeutes, qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène pour les disperser. Trois personnes ont été interpellées.

Selon une source policière, 15 établissements universitaires et une centaine de lycées à Athènes et Salonique, la grande ville du nord du pays, sont occupés depuis le début de la semaine par des étudiants et des jeunes, en signe de protestation contre la mort de l'adolescent.

A Salonique, des dizaines de jeunes restaient retranchés jeudi dans l'enceinte de l'Université.

Selon la loi en Grèce, la police ne peut pas intervenir dans les universités.

Répondant aux manifestants, le Premier ministre s'est déclaré mercredi "déterminé à renforcer le sentiment de sécurité publique et à soutenir les commerces qui ont subi des dégâts".

Il a annoncé une série de sept mesures pour l'indemnisation de centaines d'entreprises endommagées, notamment une aide de 10.000 euros à chaque petite et moyenne entreprise" ainsi que des subventions de 10.000 à 200.000 euros et des prêts pour réparer les dégâts.

Source: AFP
URL: http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hv3YiL9UiNr_D3MhZ13pZ6Cfycbg

Grèce: nouveaux affrontements et grève générale

La Presse Canadienne - Jeudi 11 décembre 2008

ATHENES — De nouveaux affrontements ont opposé mercredi jeunes manifestants et policiers en Grèce, notamment à Athènes, avant de céder la place à un calme précaire dans la soirée, sur fond de grève générale contre la politique économique du gouvernement conservateur dirigé par Costas Karamanlis.

Mercredi soir, un calme précaire régnait à Athènes, où plus de 400 commerces, au total, ont subi des dégâts, tandis que des émeutes sporadiques se déroulaient toujours à Thessalonique.

Par ailleurs, de nouveaux incidents se sont déroulés devant des représentations diplomatiques de la Grèce à l'étranger. En Turquie, des manifestants ont jeté de la peinture rouge sur l'entrée principale du consulat de Grèce à Istanbul, tard mercredi. A New York, un homme a lancé une brique sur le consulat de Grèce, situé à Manhattan, et a peint un graffiti avant de prendre la fuite.

Dans la journée, des échauffourées ont éclaté devant le palais de justice de la capitale, où étaient entendus deux policiers soupçonnés d'être impliqués dans la mort d'Alexandros Grogoropoulos, 15 ans, tué par balle samedi. Le décès de l'adolescent est à l'origine des violences urbaines qui touchent la Grèce depuis quatre jours.

Les deux policiers ont témoigné à huis clos. Le tribunal a ordonné mercredi soir leur maintien en détention jusqu'à la date du procès, qui n'a pas été fixée.

Devant le palais de justice, des jeunes gens ont lancé des cocktail incendiaires sur l'édifice et ont endommagé un camion de la télévision. La police a répliqué à coups de gaz lacrymogènes, deux personnes au moins ont été blessées.

Des affrontements ont par ailleurs opposé jeunes et policiers dans le centre d'Athènes, lors d'une manifestation de plus de 10.000 personnes contre la politique du gouvernement.

Des jeunes aux visages dissimulés par des cagoules ont bombardé les policiers de projectiles divers: pierres, bouteilles, morceaux de bois, de marbre arrachés aux entrées du métro. Des vitres qui venaient d'être remplacées après quatre nuits d'émeutes ont de nouveau été brisées.

"Flics! Porcs! Assassins!", hurlaient des lycéens, applaudissant à chaque fois qu'une pierre atteignait les policiers, protégés derrière des boucliers. Ils ont tiré des gaz lacrymogènes et chargé parfois après les tirs de projectiles, sans intervenir cependant contre les émeutiers s'en prenant aux véhicules, magasins et bâtiments. Des incidents ont également été signalés à Thessalonique et Kavala, dans le nord du pays.

La colère couvait depuis longtemps, alimentée par les réformes économiques impopulaires initiées par le gouvernement du Premier ministre Costas Karamanlis. Son parti, la Nouvelle Démocratie, ne dispose actuellement que de 151 députés sur les 300 sièges que compte le Parlement.

La grève générale de ce mercredi et les manifestations étaient prévues depuis quelque temps déjà, à l'appel des principaux syndicats qui dénoncent la réforme du système des retraites, les privatisations, la paupérisation de l'enseignement supérieur et le désengagement de l'Etat dans les services publics. Ecoles, services publics, hôpitaux et trafic aérien étaient paralysés par la grève générale.

La gestion des émeutes par le gouvernement Karamanlis a également alimenté la colère de l'opinion. Selon un sondage publié mercredi par le quotidien conservateur "Kathimerini", une forte majorité des personnes interrogées estiment que le gouvernement a mal géré la crise.

"Ce pays n'est plus gouverné. Ce gouvernement ne peut plus convaincre quiconque", a souligné mercredi devant le Parlement un des responsables de l'opposition socialiste, Evangelos Venizelos. Le chef du gouvernement a cependant exclu de démissionner et d'organiser des élections anticipées.

Concernant l'enquête sur la mort du jeune Alexandros, l'avocat du policier accusé d'avoir tiré a affirmé mercredi que l'adolescent a été tué par une balle perdue. ôôCette tragédie est le résultat de l'acte d'un policier qui a tiré en l'air. La balle a ricoché", a expliqué Me Alexis Cougias, citant les premiers résultats de l'enquête de balistique. Le ministère public n'a fait aucun commentaire.

Le policier qui a tiré, poursuivi pour meurtre, a affirmé avoir procédé à des tirs de semonce, sans viser directement l'adolescent. Un autre policier est poursuivi pour complicité. Amnesty International a dénoncé l'usage ôôillégal et disproportionné" de la force par la police grecque, lui reprochant de faire preuve de ôôviolences punitives contre des manifestants pacifiques" au lieu d'intervenir contre les émeutiers.

Source: La Presse Canadienne
URL: http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5gNC3E16yBZZmCoTeWfU9RsKSa1Ww

Wednesday, 10 December 2008

En Grèce, une grève "massive" émaillée d'affrontements

LeMonde.fr - 10 décembre 2008

Alors que la Grèce est toujours secouée par des violences, principalement centralisées à Athènes et Salonique, les centrales syndicales se sont félicitées, mercredi 10 décembre, de la "participation massive" à la grève générale de vingt-quatre heures dans les secteurs public et privé, contre la politique d'austérité du gouvernement de droite. Prévue de longue date, la grève n'est pas liée à la mort d'un adolescent sous les balles de policiers, samedi. Cependant, les syndicats ont exprimé dans leur communiqué "leur colère pour l'assassinat d'Andreas Grigoropoulos", et ont appelé "à la démocratisation de la police et à la fin des actes de violence et de l'arbitraire par les organes de l'État". Les deux grandes centrales syndicales du pays, la Confédération générale des travailleurs grecs (six cent mille adhérents) et la Fédération des fonctionnaires (deux cent mille membres), ont également réclamé "la convergence des salaires en Grèce avec ceux des autres pays de l'Union européenne", ainsi que des "fonds pour les secteurs de la santé et de l'enseignement".

Les transports publics et aériens ont été perturbés et aucune liaison maritime n'a été assurée avec les îles grecques, selon les syndicats. Des arrêts de travail ont eu lieu dans les chemins de fer, le métro, les autobus et les tramways, et de nombreuse écoles ont été fermées. Le fonctionnement des banques, administrations et grandes entreprises du secteur public a aussi été affecté, ajoute leur communiqué.

L'AVOCAT DES POLICIERS VISÉ PAR DES COCKTAIL MOLOTOV

Les dirigeants syndicaux ont tenu à organiser ce rassemblement malgré une demande d'annulation du premier ministre conservateur, Costas Caramanlis. Leur mouvement accroît la pression sur le gouvernement, déjà fragilisé par la flambée de violences qui a suivi la mort d'Andreas Grigoropoulos. Le cortège le plus important, formé d'étudiants et d'enseignants, a défiler vers la place centrale de Syntagma, à Athènes, où se trouve le Parlement grec, sous des banderoles appelant à renvoyer le premier ministre et qualifiant le gouvernement d'"Etat de tueurs". À Salonique, une manifestation a rassemblé plus de dix mille personnes.

Malgré l'appel au calme des syndicats, de nouveaux affrontements ont opposé la police antiémeute et des groupes de jeunes, dans le centre d'Athènes. Deux cocktails Molotov ont été lancés devant le palais de justice en direction de l'avocat des deux policiers inculpés pour la mort d'Andreas, sans toutefois le blesser. Ailleurs dans la capitale, une centaine de manifestants ont lancé des pierres, des cocktails Molotov et des bouteilles sur les policiers, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes. Des affrontements similaires se sont déroulés à la mi-journée à Salonique, dans le nord de la Grèce, en marge d'une manifestation d'environ deux mille personnes, dont de nombreux élèves et étudiants.

Par ailleurs, en Turquie, une dizaine de manifestants ont aspergé, mercredi, de peinture rouge la façade du consulat général de Grèce, à Istanbul, pour protester contre la mort d'Andreas. Les manifestants, qui ont affirmé faire partie d'un groupe "anarchiste" de la métropole turque, ont également brisé les vitres de la voiture officielle du consul garé devant la section des visas, avant de prendre la fuite. La police n'a procédé à aucune arrestation.

En France, la LCR et l'organisation étudiante UNEF ont affiché leur soutien à la jeunesse grecque.

L'adolescent a été tué par le ricochet d'une balle, selon l'autopsie

Andreas Grigoropoulos, l'adolescent dont la mort samedi a déclenché les émeutes en Grèce, a été tué par le ricochet d'une balle tirée par un policier, selon les premiers résultats de l'autopsie, a-t-on appris mercredi de sources judiciaires. Selon les premières conclusions des médecins légistes et des experts légistes mandatés par la famille, la balle "est un peu déformée, ce qui démontre qu'elle a touché une surface dure" avant d'atteindre à la poitrine Andreas Grigoropoulos, tué sur le coup. Le policier qui a tué l'adolescent a été arrêté et inculpé d'"homicide volontaire", tandis que le collègue qui l'accompagnait a été appréhendé pour "complicité". – (Avec AFP.)

Source: LeMonde.fr avec AFP, AP et Reuters
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/10/apres-les-emeutes-la-grece-se-prepare-a-la-greve-generale_1129079_3214.html#ens_id=1127970

Dans l'université polytechnique d'Athènes transformée en place forte, des jeunes Grecs parlent de "guerre civile"

Le Monde - 10 décembre 2008

Leur citadelle n'a pas de miradors, mais des salles de cours. Ils en ont fait leur mur d'enceinte. C'est l'université polytechnique d'Athènes, 13 000 étudiants en temps normal. Trois jours après la mort d'un jeune garçon de 15 ans, tué par un policier, le 6 décembre, à quelques centaines de mètres de là, l'université est devenue la principale place forte de ce que certains d'entre eux appellent déjà leur "guerre civile".

"Eux", ce sont des étudiants, des jeunes actifs, des garçons, des filles. Des capuches et des foulards qui les protègent des gaz lacrymogènes, dépassent autant de joues barbues que de boucles d'oreilles.

Toute une génération, en fait : ils ont entre 15 et 35 ans. Toute une société aussi : des "smicards", des jeunes cadres, des militants d'extrême gauche, et d'autres pas engagés. Ce sont leurs tenues d'émeutiers – vêtements sombres, baskets Converse – qui estompent les lignes.

Leur leitmotiv, c'est la haine des "flics, porcs, assassins", équivalent local de "CRS, SS". Au pied des hauts murs beiges graffités de l'université, derrière lesquels ils se réfugient entre deux assauts de pavés, on ne parle que cette langue. L'institution, qui leur sert de camp retranché, a de quoi galvaniser : c'est de là, en 1974, qu'est partie la révolte étudiante qui a précipité la chute du régime des colonels, la dictature militaire qui a été à la tête de la Grèce de 1967 à 1974. Aujourd'hui, la loi interdit aux forces de l'ordre d'y mettre un pied.

Cette nuit du 8 décembre est la troisième nuit blanche pour certains dans ce lieu d'aubaine. Ils y rêvent à leur tour de renverser un gouvernement, celui de centre-droit de Costas Caramanlis, actuellement au pouvoir.

Ce gouvernement, ils le jugent responsable de corruption et d'inégalités sociales. Responsable aussi de leurs salaires de débutants, à 650 euros par mois, de leur obligation de cohabiter, pour beaucoup, jusqu'à 30 ans avec leurs parents. "On n'a pas de job, pas d'argent, un Etat en faillite avec la crise, et tout ce qu'il a comme réponse, c'est de donner des armes aux policiers, résume l'un d'eux. Alors, ce n'est peut-être pas bien, ce que l'on fait, mais au moins, on fait quelque chose." Les feux de planches auprès desquels ils se réchauffent, à chacune des trois entrées de l'université, finissent en tout cas par éclairer plus leurs cernes que leurs barricades. Car, comme les jours précédents, en plus de combattre, ils ont manifesté, plus tôt dans la journée, dans les rues de la capitale.

Ce lundi, le cortège est parti de la place Omonia, en fin d'après-midi. Mais très vite, comme la veille et l'avant-veille, les événements ont dégénéré. Certains ont choisi la méthode pacifique. Mais parmi eux, les koukoulofori (les "cagoulés") avaient envie de plus. Cela a été la nuit la plus violente depuis le 6 décembre.

Dans leur sillage, le centre-ville d'Athènes est ravagé. Dans le périmètre de plusieurs kilomètres carrés, qui avait été bouclé pour l'occasion, il n'y a pas 50 mètres de trottoir qui aient échappé à leurs destructions. Ici, un cinéma entièrement brûlé, là, des dizaines de boutiques incendiées. Les cabines téléphoniques sont systématiquement défoncées, comme les abribus. Les vitrines caillassées sont innombrables. Le sapin de Noël qui ornait la grande place centrale de Syntagma a très vite terminé en brasier. Un manifestant hurle dans un haut-parleur : "Du calme, les enfants, du calme !" En vain.

Vers 22 heures, le cortège s'est dispersé, et beaucoup sont revenus au QG. Là, à l'université polytechnique, donc, où après plusieurs heures de jeu de chat et à la souris avec les "MATS" (les CRS grecs), on tousse, on crache, la gorge abrasée par les gaz lacrymogènes qui empestent tout le centre-ville. Là où ça crie, ça explose, ça hurle autour des sirènes de pompiers, aussi nombreux que les policiers. Mais là aussi où, éventuellement, à la cafétéria réquisitionnée, on peut espérer un café tiède.

"PEUT-ÊTRE QU'IL FALLAIT QUE TU PARTES POUR QUE NOUS NOUS RÉVEILLIONS"

Dans la cour de la fac, la "guerre civile" s'organise méthodiquement. Dans un recoin, à l'abri des regards, une équipe fabrique des cocktails Molotov. Dans un autre, les propriétaires de scooters et Mobylette assurent à tour de rôle des rondes dans les quartiers alentour. Dans un autre encore, c'est le carré des "koukoulofori", tous dans leur tenue noire, et peu causants.

Au dernier et septième étage d'un des bâtiments en fond de cour, même l'administration est là, recluse. Ils sont une dizaine à veiller à tour de rôle. "Au début, on était plus nombreux, mais là, les gens commencent à fatiguer", explique le vice-président de l'université, Gerasimos Spathis. Il veille avec bienveillance, et même avec enthousiasme, sur ce qui se passe dans son enceinte.

Notamment parce que, de longue date, le corps enseignant et les directeurs d'université sont profondément opposés au gouvernement, en particulier à la politique de "privatisation" des facultés. Alors devant des "koukoulofori" qui arrachent les dalles des terrasses du bâtiment pour les jeter du septième étage où il a trouvé refuge, M. Spathis encourage : "C'est un moindre mal, estime-t-il, si on n'était pas là, il y aurait des morts." A quelques pâtés de maisons de la citadelle, au carrefour de quatre ruelles poisseuses et étroites, des fleurs et des bougies se sont accumulées à l'endroit où le jeune Andreas Grigoropoulos est mort, le 6 décembre, après le tir d'un policier. Un bloc-notes de feuilles blanches a aussi été laissé, avec un rouleau de Scotch et quatre stylos.

Depuis, des dizaines de mots ont été griffonnés et accrochés sur un pan de mur, au-dessus des cierges. Message posthume : "Bon voyage Andreas. Peut-être qu'il fallait que tu partes pour que nous nous réveillions. Tu seras toujours dans nos cœurs, le dernier sang innocent." Mardi, une manifestation d'élèves et une autre d'enseignants étaient prévues à Athènes et dans les principales villes, ainsi que les obsèques d'Andreas Grigoropoulos. Mercredi, une grève générale de vingt-quatre heures contre les réformes du gouvernement est programmée.

Elise Vincent

Source: LeMonde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/09/avec-les-jeunes-grecs-au-coeur-de-l-universite-polytechnique-d-athenes_1128592_3214.html#ens_id=1127970

Le gouvernement grec de plus en plus fragilisé

LeMonde.fr avec AFP et Reuters - 10 décembre 2008

La grève générale qui paralysait la Grèce, mercredi 10 décembre, était prévue de longue date. A l'origine, il s'agissait pour les deux grandes centrales syndicales grecques de protester contre la crise financière, dont les conséquences commencent à se faire sentir dans le pays. Le premier ministre conservateur Costas Caramanlis fait face depuis plusieurs mois à une vague de contestations. Et l'explosion de colère de la jeunesse grecque, après la mort d'un adolescent tué samedi soir par un policier, ne fait que fragiliser, un peu plus encore, son gouvernement.

M. Caramanlis "a perdu le soutien d'une partie de la classe moyenne pour des raisons morales et économiques, estime le politologue Georges Sefertzis, l'explosion [de colère] de la jeunesse peut enclencher une série de réactions et faire ressurgir des problèmes sociaux enfouis, comme le chômage des jeunes et la hausse du coût de la vie". Mardi, le premier minsitre a appellé à l'unité nationale : "Dans ces heures cruciales, le monde politique doit unanimement et catégoriquement condamner et isoler les auteurs des destructions." "C'est notre devoir démocratique, c'est ce qu'exigent les citoyens, et c'est ce qu'impose notre devoir national", a-t-il insisté avant d'appeler les syndicats à annuler la grève générale. Un appel resté sans suite.

CORRUPTION

Au contraire, Georges Papandréou, le chef du grand parti d'opposition socialiste, le Pasok, a dénoncé un vide du pouvoir – "Le pays ne dispose pas d'un gouvernement qui puisse protéger les citoyens, leurs droits et leur sécurité" –, avant de demander la démission du gouvernement conservateur et un "recours au verdict populaire". "Le seul service que ce gouvernement puisse rendre au pays est de partir", a-t-il insisté.

Au cinquième jour d'émeutes, le premier ministre grec apparaît plus que jamais fragilisé. Les violents affrontements qui ont touché l'ensemble du pays ces deux derniers jours "ont donné une image d'inexistence de l'Etat et ont nui à l'image de M. Caramanlis et de son gouvernement", juge M. Sefertzis. Une image déjà bien entâchée par de récents scandales. Il a dû se débarrasser, le mois dernier, de deux poids lourds de son gouvernement impliqués dans une sombre affaire d'échanges immobiliers entre l'Etat grec et le très riche monastère de Vatopédi du Mont Athos, un petit territoire semi-autonome de l'église orthodoxe. A la une des quotidiens et des journaux télévisés depuis des semaines, le scandale a beaucoup terni la réputation de M. Caramanlis, qui avait réussi à se faire réélire en septembre 2007 malgré les incendies de l'été, les plus violents de l'histoire moderne de la Grèce.

Pour le journal de la gauche indépendante Elefthérotypia, "l'ampleur de la colère des jeunes révèle l'énorme impasse dans lequel se trouve le gouvernement Caramanlis". "Du cauchemar de Vatopédi, le gouvernement est passé au cauchemar du jeune de 15 ans tué, et présente l'image du chaos. La Grèce ressemble à un navire sans capitaine", souligne le journal dans une tribune. "Il est évident que M. Caramanlis se trouve dans une position difficile, jamais vue depuis cinq ans", a affirmé l'analyste Théo Livanios. Il n'est pas sûr que la trêve de Noël "calme le jeu", et "il faudra sans doute qu'il recourre au début de l'année à un remaniement ministériel pour redorer son blason".

Le premier ministre promet d'indemniser les entreprises victimes

"Le gouvernement est résolu non seulement à faire en sorte que les citoyens se sentent en sécurité, mais aussi à venir en aide aux entreprises qui ont subi des dégâts", a annoncé Costas Caramanlis dans un message radiotélévisé. Le premier ministre a présenté sept mesures, dont "des subventions de 10 000 à 200 000 euros [qui] seront octroyées aux entreprises" touchées par les incidents. Selon une première estimation de la chambre de commerce et d'industrie d'Athènes, les dégâts occasionnés à quatre cent trente-cinq entreprises et commerces dans tous le pays sont évalués à 50 millions d'euros, et la police a jusqu'à présent arrêté cent huit personnes, la plupart pour des actes de pillages. M. Caramanlis a par ailleurs fait savoir qu'il assistera, "comme prévu", au sommet de l'Union européenne sur le climat, jeudi et vendredi, à Bruxelles.

Source: LeMonde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/10/le-gouvernement-grec-de-plus-en-plus-fragilise_1129402_3214.html#ens_id=1127970

Grève générale en Grèce dans une atmosphère insurrectionnelle

Le Monde - 10 décembre 2008

ATHÈNES ENVOYÉE SPÉCIALE

Après trois jours de combats, les jeunes émeutiers grecs n'ont marqué qu'une très courte pause, mardi 9 décembre, pour les obsèques, dans la banlieue d'Athènes, de l'adolescent dont la mort, samedi 6 décembre, a déclenché les violences.

Au terme d'un prêche en grec ancien, comme le veut la tradition orthodoxe, le prêtre s'est autorisé une conclusion en grec moderne : "Il y a des fois où la douleur est tellement forte que l'on n'a pas les paroles pour l'exprimer", a-t-il déclaré, acclamé par une foule de 500 personnes. Mais cet exemple de protestation pacifique est resté sans effet sur les émeutiers, à la veille de la grève générale prévue mercredi.

Beaucoup étaient là pourtant, parmi les parents, les retraités, les manifestants, au petit cimetière en pierres blanches de Paleo Phaliro, sous les orangers. Beaucoup ont été émus aux larmes, avec leurs pantacourts et leurs sacs à dos Eastpak, à la vue des grands yeux maquillés d'Alexandre Grigoropoulos, cercueil ouvert.

Dehors, malgré la ronde d'un hélicoptère de surveillance étouffant la retransmission sonore de la cérémonie, ils sont restés calmes. Ils n'ont pu s'empêcher de crier, à plusieurs reprises, "policiers, assassins !". Ils étaient repris en coeur par la foule, tellement nombreuse que certains s'étaient hissés sur des pierres tombales pour mieux voir.

A la mise en terre toutefois, tout s'est emballé. Quinze minutes à peine, et les premiers incendies de poubelles se sont déclarés. Les mêmes éplorés qui avaient assisté aux obsèques avaient placé leur foulard sur leur visage et se battaient avec les forces de l'ordre sous les murs du cimetière. La mère en larmes était encore portée par ses proches lorsque les gaz lacrymogènes ont envahi les allées de dalles blanches.

MAGASINS DÉTRUITS

A midi déjà, des combats de rue avaient eu lieu sur l'une des places centrales de la capitale. Mais plus tôt dans la matinée, deux immenses manifestations de lycéens, d'étudiants et de professeurs avaient eu lieu sans encombre.

Après les obsèques, les violences ont poursuivi leur escalade. Les interpellations, au nombre de 108 mardi soir, ont continué. Les pillages, les destructions se sont étendus. Et, pour la première fois depuis la mort d'Alexandre Grigoropoulos, un policier a fait usage de son arme pour s'extraire d'un groupe de manifestants qui le cernait, selon la police.

Une ambiance insurrectionnelle règne à Athènes. La circulation des voitures, les transports en commun sont interrompus plusieurs fois par jour à cause des combats. Les gérants de magasins abaissent et remontent leurs rideaux de fer en fonction des courses-poursuites qui se succèdent devant leurs vitrines. Le ballet des hélicoptères est incessant.

L'opinion publique est partagée sur le mouvement de la jeunesse. Lors du passage des cortèges, les générations plus âgées descendent dans les rues, sortent de leurs boutiques pour les voir. Ils les photographient, les filment avec leurs téléphones portables et admettent souvent comprendre leurs revendications. Ils s'indignent, en revanche, des violences et des destructions. De 300 à 370 magasins seraient partiellement ou totalement détruits.

Politiquement, la situation est tendue pour le chef du gouvernement de centre-droit, Costas Caramanlis. Mardi, le chef de l'opposition socialiste, Georges Papandréou, a rejeté son appel à l'unité et a exigé la démission du gouvernement et la tenue de nouvelles élections. Une revendication qu'ont aussi les manifestants.

Au cimetière, alors que le cercueil blanc d'Alexandre Grigoropoulos était porté au-dessus des têtes pour rejoindre sa stèle, la foule a crié ce qu'elle avait hurlé à la mort d'Andréas Papandréou, le fondateur du Parti socialiste grec : "Alex tu vis, c'est toi qui nous conduis !" Mais, pour l'heure, nul ne sait vraiment où.

Elise Vincent

Source: LeMonde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/10/greve-generale-en-grece-dans-une-atmosphere-insurrectionnelle_1129185_3214.html

La crise en Grèce est politique

Le Figaro - 10 décembre 2008.

L'éditorial de Pierre Rousselin.

La Grèce traverse son moment le plus délicat depuis le retour à la démocratie, en 1974. Les violences urbaines qui se prolongent à Athènes et dans plusieurs autres villes sont en passe de plonger le pays dans une grave crise politique.

Les émeutes sont nées d'une bavure tragique qui a entraîné la mort d'un jeune de 15 ans sous les balles d'un policier. L'émotion initiale est tout à fait compréhensible. Mais l'ampleur des troubles, leur durée et l'étendue des destructions ont de quoi surprendre.

Voici que, en cette période où la récession menace, un gouvernement européen déjà fragilisé se trouve en butte à un soulèvement d'une partie de la jeunesse qui ne trouve d'autre moyen que la violence pour exprimer sa colère. Avant d'en tirer des conclusions définitives, il convient de revenir aux faits.

Constatons d'abord que les émeutiers ne sont que quelques milliers, sans doute organisés et échauffés par un noyau dur de militants anarchistes et extrémistes. La Grèce, dont le mouvement étudiant s'enorgueillit d'avoir fait tomber la dictature des Colonels, a cette particularité en Europe d'abriter des mouvements radicaux particulièrement actifs et de connaître un terrorisme d'extrême gauche qui n'a jamais désarmé.

La fureur des jeunes a de multiples raisons, mais elle n'explique pas tout. La tournure des événements est largement due à l'incompétence de la police, impréparée à ce genre de débordements et, depuis samedi, tétanisée à l'idée que le recours à la force contre les manifestants pourrait causer une nouvelle victime. Ce serait alors une catastrophe ouvrant la voie aux pires désordres. Résultat : la police laisse faire et regarde les émeutiers mettre à sac la capitale et les autres grandes villes, s'en prendre aux banques, aux magasins de luxe et autres symboles de l'argent ou des institutions.

Tout cela est possible parce que la Grèce n'a pas su s'adapter aux exigences d'un pays moderne ni se doter d'un État efficace. Minés par les scandales, la corruption et le clientélisme, les gouvernements de gauche ou de droite ont plus profité du pouvoir qu'ils ne l'ont exercé. L'incapacité à réagir aux incendies de forêt de l'été 2007, malgré les promesses faites, a déjà montré les limites du gouvernement conservateur du premier ministre actuel, Kostas Karamanlis. À nouveau, le pouvoir est en train de faire la démonstration qu'il ne maîtrise rien.

L'insatisfaction qu'éprouvent les jeunes en Grèce reste entière. Ils connaissent le taux de chômage le plus élevé en Europe pour leur classe d'âge. Le système d'enseignement supérieur est notoirement mauvais et l'accès au marché du travail très difficile, même pour les diplômés. Avec la dégradation de la conjoncture mondiale, le malaise ne peut que s'aggraver.

Il y a là des symptômes que l'on retrouve ailleurs en Europe, mais, on l'a vu, la crise que traverse la Grèce est politique et a des caractéristiques propres. Ce n'est ni un nouveau Mai 68 ni un remake des émeutes des banlieues comme nous les avons connues en 2005.

Source: Le Figaro (journal) et site internet.
URL: http://www.lefigaro.fr/debats/2008/12/10/01005-20081210ARTFIG00043-la-crise-en-grece-est-politique-.php

Grèce. Le gouvernement dans la tourmente

Le Télégramme - Mercredi 10 décembre 2008

Après trois jours d’affrontements entre jeunes et policiers, la crise en Grèce prend définitivement une tournure politique. Le gouvernement doit faire face, aujourd’hui à une grève générale.

Il y a bien eu une trêve, hier, dans les affrontements entre jeunes et forces de l’ordre qui ravagent les grandes villes grecques depuis trois jours. Mais elle a été de courte durée. Les obsèques de l’adolescent de 15 ans tué par un policier samedi soir se sont, en effet, déroulées dans un calme relatif. Et dès la fin de la cérémonie, les violences ont repris. A Athènes, Patras et Salonique, les jeunes ont jeté des pierres, cassé des vitrines de magasins et encore endommagé des voitures. Les forces de l’ordre, plutôt discrètes à la cérémonie, ont répondu avec des gaz lacrymogènes. Dans tout le pays, les collèges et lycées sont restés fermés en signe de deuil, sur décision du gouvernement.

Une crise politique

Dans un message à la nation, le Premier ministre grec Costas Caramanlis a accusé les émeutiers d’être des « ennemis de la démocratie », il a appelé au calme. Mais les mots du chef du gouvernement semblent vains. Cette crise prend, de jour en jour, une tournure politique.
Le chef de l’opposition socialiste, Georges Papandréou, a rejeté, hier, l’appel à l’unité de la nation lancé par le Premier ministre Costas Caramanlis.
Grève générale aujourd’hui
Estimant que le gouvernement n’était plus à même de protéger la population, l’opposition a demandé des élections anticipées. « Le gouvernement ne peut pas gérer cette crise et il a perdu la confiance du peuple grec. La meilleure chose que le gouvernement puisse faire est de démissionner et de laisser le peuple trouver une solution (...) Nous protégerons la population », a déclaré Georges Papandréou. Le gouvernement devra, en plus, gérer aujourd’hui une grève qui devrait entraîner des perturbations dans les transports publics et les transports aériens et maritimes. Ce mouvement de 24 heures était prévu de longue date par les syndicats pour protester contre la politique d’austérité du gouvernement. Les syndicats réclament « des fonds pour les citoyens et non pas pour les banquiers », dénoncent les privatisations actuellement menées, l’austérité salariale, le durcissement fiscal et la réforme en cours des retraites.

Le malaise de l a jeunesse grecque

« La chaudière était sous pression, la bavure meurtrière de samedi a juste été le détonateur » , estime l ’analyste Théo Livanios, de l’institut de sondage Opinion. Selon lui, les trois jours de violences urbaines grecques ont révélé le malaise d ’ une jeunesse minée par l’insécurité économique et les défaillances de l’Etat. Comme beaucoup d ’enseignants et parents grecs, il est très sévère sur l ’ état du système éducatif public, qui absorbe à peine 3,5 % du PIB. « Rien n ’ est fait pour ouvrir l ’ esprit des jeunes, les préparer à affronter le monde extérieur, dont la Grèce n ’ est désormais plus coupée », dénonce Théo Livanios.

« Chômage, émigration ou surexploitation ? »

« Nous ne tolérons plus ce gouvernement . O n a 25 ans, on a fini nos études, on n’a pas de boulot, notre seule solution est de partir à l’étranger » , se lamente Anastassia Kotzamani, 25 ans. « Le marché du travail n’absorbe que la moitié des quelque 80.000 diplômés qui sortent tous les ans des universités, le choix c’est le chômage, l'émigration ou la surexploitation » , abonde Petros Rombolis. « Comment cette nouvelle génération qui gagne 400 ou 500 € par mois peut-elle tenir le coup, alors que les prix ici sont du niveau de ceux d’Allemagne ou de France ? » , demande-t-il. Ces inquiétudes concernent également les jeunes immigrés, auxquels la Grèce n’offre que très peu d’occasion s d’intégration . Le gouvernement conservateur au pouvoir avait pourtant été élu en 2004 sur la promesse de lutter contre la corruption et d’améliorer le quotidien des services publics de santé, de protection sociale et d’éducation. Mais il est embourbé depuis des mois dans une série de scandales, dont le dernier porte sur la cession controversée de terrains à un monastère orthodoxe aussi influent qu’affairiste.

Source: Le Telegramme.com
URL: http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/monde/grece-le-gouvernement-dans-la-tourmente-20081210-4334780_1564626.php#

La colère des jeunes Grecs

La Croix - Mardi 9 décembre

Les manifestants étaient beaucoup moins nombreux mardi 9 décembre aux funérailles d’Alexis Grigoropoulos, 15 ans, tué samedi par un policier, que dans les rues d’Athènes à affronter les forces antiémeutes devant le Parlement.

Environ 4.000 au cimetière du Vieux Phalères, contre plus de 15.000 à Athènes. D’un côté, un terrible silence et des larmes de douleur, de l’autre des insultes et des yeux rougis à cause des gaz lacrymogènes ; d’un côté, des œillets blancs que des familles entières sont venues lancer sur la tombe d’Alexis, de l’autre des jets de pierres et une police qui, une fois de plus, charge les manifestants. « J’espérais qu’aujourd’hui au moins, pendant l’enterrement du petit, on aurait un cessez-le-feu, déplore Dimitris Karastéphani, journaliste. Qu’on aurait respecté la douleur de la famille et que les vandalismes et la violence auraient cessé un moment. »

Ils étaient nombreux à le penser en Grèce, d’autant que le matin, même si la tension était palpable, un semblant de calme était revenu. À l’aube, les forces antiémeutes s’étaient même retirées des alentours de l’École polytechnique où des centaines d’étudiants sont toujours retranchés. Toute la nuit, la police avait essayé de les déloger, en lançant des tonnes de gaz lacrymogènes sans succès. Ils ont tenu bon, tout comme ceux de l’Université de théologie et de philosophie à Thessalonique ou dans d’autres bâtiments universitaires du pays.

Image de désolation
Pratiquement tous les centres-villes présentaient mardi la même image de désolation. Vitrines brisées, banques incendiées, poubelles renversées et fumantes en plein milieu des rues. Des rues souvent barrées par des voitures calcinées qui coupent la route aux forces antiémeutes. Partout, la même odeur, celle du gaz lacrymogène qui se mêle aux incendies éteints. Partout des images de champs de bataille déserts avec des pompiers qui ne savent plus où courir pour éteindre le feu.

Quelques heures auparavant, le premier ministre Costas Caramanlis avait assuré, via la télévision, que « l’État protégera les propriétés des citoyens ». « La seule chose que nous, Grecs, avons vue, et ça fait trois jours que ça dure, ce sont des policiers charger des jeunes et pas un seul homme en uniforme courir après les vandales ; ça ne vous étonne pas ? », apostrophe dans la rue Caterina, une manifestante. « C’est pour créer un climat négatif contre nous, lance-t-elle, c’est pour que les commerçants se plaignent devant les caméras, c’est pour justifier leur violence ! »

"J'ai 75 ans et je n’ai jamais vu ça"
Si c’est le cas, la manœuvre a échoué, comme le prouvent les déclarations de Dimitri, retraité de 75 ans. Sa fille a un magasin dans le quartier huppé de Kolonaki, il a été dévasté. « On n’en est pas à voir ce qui est à moi ou à toi, dit-il sans colère, c’est tout le pays, Athènes, Thessalonique, Karditsa, Trikala, Rhodes, Corfou, c’est tout le pays qui explose, c’est la rage des Grecs qui déborde, j’ai 75 ans et je n’ai jamais vu ça. »

Les Grecs n’ont jamais vu ça. Jamais les émeutes traditionnelles du 17 novembre par exemple, qui marquent l’anniversaire du soulèvement des étudiants contre la dictature en 1973, n’ont dépassé le quartier symbolique d’Exarchai. Cette fois-ci, tout le centre d’Athènes est ravagé. Samedi soir, c’est l’immeuble où habite le président de la République qui a été en partie incendié. Dimanche, c’est toute l’avenue Alexandras qui traverse la ville qui a été détruite, lundi c’était au tour de la place de la Constitution, devant le Parlement, de flamber. Et mardi, c’étaient les quartiers d’Omonia de Patission et du Vieux Phalères. À Patras, dans l’ouest, 500 personnes ont attaqué le bâtiment de la direction de la police.

Pour limiter les dégâts, Costas Caramanlis a demandé aux syndicats de ne pas organiser mercredi une manifestation prévue depuis longtemps pour protester contre la vie chère et les réformes en cours. Demande vigoureusement rejetée. On ne voit pas comment le gouvernement conservateur, extrêmement fragilisé (il n’a qu’un siège de majorité au Parlement), et embourbé dans des scandales politico-financiers sans précédent, peut s’en sortir. « Qu’il commence par demander un réel pardon à la jeunesse, a déclaré Georges Alvanaos, député de gauche, qu’il augmente le budget de l’éducation, qu’il s’occupe des jeunes, ce sera un bon début. »

La Grèce ne sera plus jamais la même
Le seul politique à être allé au charbon est le maire d’Athènes qui, mardi, un masque sur le nez pour pouvoir respirer, organisait le nettoyage. Il a promis aux Athéniens « une ville blessée, certes, mais neuve » pour les fêtes. Il est peu probable que cela suffise pour faire oublier ces jours d’émeutes. Ces jeunes de 15 ans qui, alors que l’enterrement d’Alexis n’était pas encore fini, s’en sont violemment pris aux forces antiémeutes dans les rues adjacentes au cimetière, témoignent d’un très profond malaise.

D’un mal-être qu’Alexandre, professeur de maths, résume en deux phrases : « Le système ne fonctionne pas. Ils ont des heures et des heures de permanence, des profs manquent, une réforme chasse l’autre, ils bûchent, ils obtiennent des diplômes mais ils savent qu’ils ne pourront avoir qu’un petit boulot à 600 ou 700 €. Ils ne peuvent pas vivre avec ça, ils le savent. »

Petros Markaris, écrivain, va plus loin. « Ce qui est arrivé était mathématiquement prévisible. Ces jeunes voient une corruption ambiante à tous les niveaux, une impunité totale de tous les magouilleurs qui s’enrichissent alors qu’eux n’ont pas droit aux miettes du gâteau. Si on veut sortir de cette impasse, martèle-t il, il faut s’en prendre réellement à la corruption. »

Ce qui est certain, c’est que ces émeutes sont une fracture dans l’histoire du pays. Pour Georges Alvanos, la Grèce ne sera plus jamais la même. « On ne peut plus continuer comme ça. Il faut faire des changements profonds, et commencer pas démocratiser notre police. »

Thomas JACOBI, à Athènes

Source: La Croix
URL: http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2358877&rubId=1094

La Grèce sans Etat

Editorial du "Monde" - 9 décembre 2008

Les émeutes qui ravagent depuis trois jours les grandes villes grecques, et en particulier Athènes, témoignent des déséquilibres d'une société passée en quelques années des Balkans à l'Europe. La mort, samedi 6 décembre, d'un adolescent de 15 ans, Andreas Grigoropoulos, sous les balles d'un policier, a été l'étincelle jetée sur un baril de poudre prêt à exploser. Face à des milliers de jeunes qui mènent une véritable guérilla urbaine, brûlant magasins et voitures, caillassant les forces de l'ordre, l'Etat semble incapable de ramener le calme.

Il est impuissant parce qu'il est déliquescent, miné depuis longtemps par le clientélisme, la corruption, le favoritisme. Il avait déjà fait la preuve de son impéritie lors de la vague d'incendies qui a enflammé le Péloponnèse et l'Attique à l'été 2007. Encore s'agissait-il d'un phénomène en partie naturel. Le gouvernement conservateur de Costas Caramanlis, qui se préparait à affronter des élections générales, avait été prompt à annoncer le déblocage de millions d'euros en faveur des sinistrés. Le scrutin passé, les victimes n'ont rien vu venir.

Ce n'est pas une question de parti politique. Le PASOK (socialiste), qui a été aux affaires dans les années 1980-1990, souffre des mêmes maux que la droite. Il n'a pas pu, ou pas voulu, construire un Etat de droit moderne. Les grandes familles - les Caramanlis, Mitsotakis, Papandréou - qui se succèdent au pouvoir depuis des décennies et leurs affidés profitent d'un système dont les retombées arrosaient une large partie de la population.

L'entrée de la Grèce dans l'Europe, puis la mondialisation ont ébranlé ces rapports archaïques. En vingt ans, le pays s'est rapidement modernisé, sans pour autant échapper à ses mauvaises habitudes. La crise économique le frappe de plein fouet. Les jeunes peinent à trouver un emploi. Les étudiants restent à l'université au-delà de leurs 30 ans pour ne pas se retrouver sur le marché du travail. Les salariés des entreprises publiques sont frappés par les privatisations. Les fonctionnaires subissent les économies budgétaires.

La crise sociale explique, sans les justifier, les violences de ces derniers jours. Le gouvernement de M. Caramanlis peut restaurer la paix. Il est trop faible pour s'attaquer aux racines du désordre.

Source: Le Monde (édition du 10.12.2008) et site internet LeMonde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/09/la-grece-sans-etat_1128710_3214.html

Les violences se poursuivent en Grèce, appel à des élections

LExpress.fr (avec Reuters) - 9 décembre 2008

ATHENES - Les violences urbaines en Grèce, après une troisième nuit d'affrontements entre police et manifestants, se sont poursuivies mardi devant le parlement tandis que l'opposition réclamait des élections.
Dans la banlieue d'Athènes, plus de 5.000 personnes ont assisté aux funérailles d'Alexandros Grigoropoulos, 15 ans, dont la mort samedi à la suite d'un tir de policier a déclenché des émeutes d'une violence sans précédent depuis des décennies.

Dans la banlieue d'Athènes, plus de 5.000 personnes ont assisté aux funérailles d'Alexandros Grigoropoulos, 15 ans, dont la mort samedi à la suite d'un tir de policier a déclenché des émeutes d'une violence sans précédent depuis des décennies.

La police anti-émeutes, équipée de masques à gaz et de boucliers, a tenu en respect des centaines de manifestants pendant plus d'une heure devant le parlement avant de tirer des gaz lacrymogènes pour les disperser.

Des bandes de jeunes, un mouchoir sur le visage pour se protéger contre les gaz lacrymogènes, ont jeté des pierres aux policiers aux cris de : "Brûlons le parlement".

En banlieue d'Athènes, plus de 5.000 personnes vêtues de noir ont assisté aux funérailles de l'adolescent de 15 ans dont la mort, samedi à la suite d'un tir de la police, a déclenché des émeutes d'une violence sans précédent depuis des décennies.

Beaucoup scandaient : "Flics, porcs, assassins".

La mort du jeune homme a touché une corde sensible chez de nombreux jeunes Grecs excédés autant par des années de scandales politiques que par la montée de la pauvreté et du chômage.

Le Premier ministre, Costas Caramanlis, dont le parti ne dispose que d'une majorité d'un siège, a eu des entretiens de crise avec les dirigeants de l'opposition et les a exhortés à l'unité politique face aux émeutes. Il a en outre demandé aux syndicats d'annuler un rassemblement de protestation prévu pendant la grève de 24 heures programmée mercredi.

Ces deux requêtes ont été immédiatement rejetées par les dirigeants syndicaux et par la gauche qui affirment que les réformes gouvernementales ont détérioré la situation des 20% de Grecs qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Le chef de l'opposition socialiste, George Papandreou, a estimé que la population avait perdu confiance dans le gouvernement et a demandé l'organisation d'élections anticipées.

"ILS DOIVENT PARTIR"

A Salonique et Ioannina, villes du Nord, des manifestants ont affronté la police et mis le feu à des poubelles. A Paris, de jeunes manifestants grecs ont occupé le consulat de leur pays, au lendemain d'incidents similaires à Londres et Berlin.

Dans le centre d'Athènes, une grande partie des manifestants mardi n'appartenaient ni à la mouvance anarchiste ni aux mouvements étudiants en première ligne les jours précédents.

"Ils doivent partir" a ainsi lancé un homme en costume cravate qui courait pour échapper aux gaz lacrymogènes. "Je suis ici parce que j'ai le sentiment que quelque chose se passe, quelque chose est en train de changer dans la société", confiait Thodoros Adamopoulos, un homme d'affaires de 53 ans.

Les manifestations se sont propagées à une dizaine de villes grecques, jusqu'aux îles de Crète et de Corfou. Des centaines d'immeubles ont été dévastés ou incendiés et une cinquantaine de personnes ont été blessées.

Un policier a été inculpé d'homicide après la mort d'Alexandros Grigoropoulos. La police affirme qu'il a tiré trois coups de semonce après l'attaque de son véhicule par une trentaine de jeunes. Des témoins soutiennent qu'il a visé le jeune homme.

A ses funérailles, l'assistance a applaudi le cercueil blanc recouvert de fleurs. Devant le cimetière, la police a tiré des gaz lacrymogènes sur des manifestants qui ont riposté avec des bombes incendiaires.

La police dit avoir arrêté 200 personnes, dont certaines pour des pillages, et a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, tout en soulignant vouloir éviter les confrontations directes. Plus de 130 boutiques ont été détruites dans la seule capitale, où des manifestants ont mis le feu lundi soir à un sapin de Noël géant.

Des médias reprochent à Costas Caramanlis son incapacité à contenir les émeutes. "Le feu fait rage et le gouvernement se contente de regarder", titre ainsi le quotidien Cathimerini.

La Grèce a une tradition de manifestations étudiantes et d'attentats anarchistes. Beaucoup comparent les manifestations actuelles à celles de 1973 qui contribuèrent à faire chuter le régime des colonels.

Avec Renee Maltezou, Michele Cambas, Deborah Kyvricosaios, Lefteris Papadimas, Tatiana Fragou et Angeliki Koutantou, version française Nicole Dupont

Source: LExpress.fr avec Reuters
URL: http://www.lexpress.fr/actualites/2/les-violences-se-poursuivent-en-grece-appel-a-des-elections_720324.html

Les manifestations violentes se généralisent en Grèce

LesEchos.fr - 9 décembre 2008

Hier soir, le Premier ministre grec a présidé un conseil ministériel restreint de crise après le déclenchement de nouvelles violences urbaines en marge de manifestations contre une meurtrière bavure policière. Costas Caramanlis a affiché sa détermination à combattre les fauteurs de troubles avec fermeté, estimant que « protéger les citoyens » était du devoir de l'Etat, mais aussi « le moindre des hommages dus » à l'adolescent assassiné samedi. Il rencontrera aujourd'hui le chef de l'Etat, Carolos Papoulias, pour le tenir au courant de la situation et les responsables des quatre partis d'opposition parlementaire.

Une nouvelle vague de violences urbaines a touché hier Athènes, Salonique et plusieurs villes grecques lors de manifestations d'étudiants et de lycéens contre la police pour protester contre la mort samedi d'Alexis Grigoropoulos, quinze ans, abattu par un policier dans la capitale, alors qu'il lançait, avec une trentaine d'autres jeunes gens, des pierres et des objets contre un véhicule des forces de l'ordre. L'auteur du tir a été arrêté dimanche pour « homicide volontaire », tandis qu'un deuxième policier qui l'accompagnait était appréhendé pour « complicité ».
Forces de l'ordre dépassées

A Athènes, un demi-millier de lycéens ont manifesté hier aux cris d'« assassins, assassins », « à bas le gouvernement des assassins ». Les manifestants se sont rendus jusqu'au Parlement, où ils ont été bloqués par la police, puis ont poursuivi jusqu'à la faculté de droit « pour organiser la suite des manifestations », selon un meneur. Dans le centre d'Athènes, trois voitures ont été incendiées par une dizaine de jeunes dans l'après-midi. Le groupe a ensuite attaqué un bureau abritant l'académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères. Une vingtaine de bâtiments étaient touchés par les flammes.

Les forces de l'ordre semblaient totalement dépassées à Salonique, dans le nord du pays, où environ 5.000 personnes ont manifesté. Un policier a même été blessé au cours d'une attaque contre un poste de police à coups de cocktails Molotov par une vingtaine de jeunes. Dans l'après-midi, quelque 300 étudiants et lycéens ont détruit des voitures et des vitrines de magasins. Dans la soirée, des groupes de jeunes ont pillé des dizaines de commerces dans le centre-ville, sans que la police intervienne. Dans le centre du pays, à Trikala, trois policiers ont été blessés. Des incidents entre forces de l'ordre et lycéens se sont aussi produits à Rhodes (Est), où des manifestants s'en sont pris à un poste de police. Selon l'agence de presse grecque semi-officielle ANA, d'autres mobilisations étaient en cours dans la plupart des grandes villes du pays.

A Londres, une quarantaine de personnes ont manifesté devant l'ambassade de Grèce pour protester contre la mort de l'adolescent et trois d'entre elles ont été arrêtées.

Source: LesEchos.fr
URL: http://www.lesechos.fr/info/inter/4807058-les-manifestations-violentes-se-generalisent-en-grece.htm

Grèce: le centre de Salonique livré au pillage

AFP - 8 décembre 2008

SALONIQUE (Grèce)— Des groupes de jeunes pillaient lundi soir des dizaines de commerces dans le centre de Salonique, la grande ville du nord de la Grèce, sans que la police n'intervienne, a-t-on annoncé de source policière locale.

Les pillages, notamment de magasins de vêtements et de bijoux, ont débuté à l'issue de deux manifestations organisées par l'opposition de gauche contre la mort samedi d'un adolescent tué par la police, et qui avaient rassemblé plus de 5.000 personnes.

Les forces de l'ordre n'étaient pas visibles sur les artères du centre ville, qui semblait livré aux pilleurs, a rapporté un journaliste de l'AFP sur place.

En marge des cortèges, des groupes de jeunes avaient très vite déclenché des incidents, brisant les vitrines ou mettant le feu aux devantures d'une cinquantaine de magasins, banques et restaurants.

Source: Google News avec AFP

Grèce : "la police n'assure plus sa mission de service public"

LEMONDE.FR - 08.12.08

Trois questions à Georges Contogeorgis, professeur à l'université Panteion d'Athènes et ancien ministre, sur les manifestations qui ont éclaté dimanche 7 décembre en Grèce après la mort d'un adolescent tué par la police.

Quelles sont les revendications des manifestants ?

Le mécontement de la population est d'abord dirigé contre les forces de l'ordre. Les manifestants reprochent à la police de ne pas accomplir correctement sa mission de service public. L'institution policière, qui devrait être au service de tous les citoyens, n'agit aujourd'hui que dans l'intérêt de quelques personnalités influentes. Je connais, par exemple, un directeur de journal qui dispose de trois ou quatre policiers pour assurer sa propre sécurité. Pendant les manifestations de ce week-end, les forces de l'ordre ne sont pas ainsi intervenues pour protéger les commerçants contre les tirs de cocktails Molotov.

Mais cette mobilisation témoigne surtout d'un profond malaise d'une partie de la société à l'égard de la politique du gouvernement grec. Partant de la capitale, elle s'est propagée à tout le pays. Les manifestants dénoncent le fonctionnement d'un Etat qui place l'intérêt d'une certaine classe politique et économique au-dessus de l'intérêt général. Ils réclament la mise en place effective d'un Etat de droit et d'un Etat providence, ainsi qu'une meilleure représentativité des citoyens. Leur objectif, c'est d'être considéré comme des partenaires à part entière du système politique.

Quel rôle tient le mouvement anarchiste dans les manifestations ?

Le mouvement anarchiste, tout en étant très minoritaire, est particulièrement actif au sein des universités grecques. Ce n'est pas la première fois qu'il s'oppose violemment aux forces de l'ordre. A Athènes, il est implanté dans un petit quartier du centre-ville [Exarchia] où l'extrême gauche jouit d'une certaine immunité. La police les tolère à condition qu'ils ne sortent pas de cet environnement bohème et universitaire.

Il faut savoir que la population étudiante est nettement plus politisée que le reste de la société. [En 1973, c'est la révolte des étudiants de l'école Polytechnique d'Athènes qui a précipité la chute du régime des colonels, une dictature militaire à la tête du pays de 1964 à 1974]. Par ailleurs, la police n'a pas le droit d'intervenir sur les campus. Mais l'adolescent qui a été tué par un policier n'appartenait pas à un groupe anarchiste. Il ne portait pas de cagoule et ne participait pas à une action ciblée. Connaissant sa famille, je peux même affirmer qu'il appartenait à un environnement assez aisé. Samedi, il s'en prenait à la police comme beaucoup d'autres personnes le font chaque jour en Grèce.

Quelle est la marge de manœuvre du gouvernement ?

Les récents événements viendront très certainement bousculer l'agenda politique, mais le gouvernement du premier ministre de centre-droit Costas Caramanlis est dans une situation très difficile. Un an après son élection, il dispose d'une très faible majorité au Parlement et ne parvient pas à sortir le pays de la crise. Par ailleurs, il est empêtré dans une série de scandales. [Une affaire de mœurs mettant en cause le secrétaire général du ministère de la culture, Christos Zachopoulos, éclabousse le gouvernement depuis le début de l'année]. Il n'y a qu'à voir les derniers sondages d'opinion qui donnent cinq points d'avance aux socialistes en cas d'élections anticipées.

Propos recueillis par Elise Barthet

Source: LeMonde.fr
URL: http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/12/08/en-grece-la-police-n-assure-plus-sa-mission-de-service-public_1128464_3214.html

Grèce: "Une longue tradition d'activisme d'ultragauche"

leJDD.fr - lundi 8 décembre 2008

Propos recueillis par Christophe ISRAËL

Au troisième jour d'émeutes en Grèce, Christophe Chiclet* et Jean-Yves Camus** reviennent pour leJDD.fr sur la mouvance anarchiste en Grèce. Héritière d'une longue tradition politique d'activisme, elle reste capable, face à une police mal organisée, de mener des actions violentes, voire d'impulser un véritable mouvement de contestation politique. Portrait de l'ultragauche grecque.

Alexandros Grigoropoulos, le jeune tué par la police, avait 15 ans. Appartenait-il à la mouvance anarchiste?

Christophe Chiclet. Non. A Athènes proprement dit, il existe de nombreux groupes dits "anarchistes", constitués de jeunes de 15-25 ans, qui "zonent" dans le quartier d'Exarchia, qui est aussi le quartier de la drogue. Ils contrôlent le trafic du cannabis venus d'Albanie, et lorsqu'ils s'ennuient, jouent les zorros en brûlant des voitures. Ils ont des airs de révolutionnaires, et se donnent des noms parfois exotiques, mais n'ont aucun lien avec l'ultra gauche grecque organisée. Ils représentent le degré zéro de la revendication politique.

Ces groupes n'ont donc rien à voir avec d'autres mouvements tels que "Conspiration des cellules de feu"***?

CC. Non. Les micros-organisations politisées de ce type sont à l'étage supérieur. Ce sont des bandes de copains, qui montent des petits coups pour soutenir les "cellules invisibles" comme celle de Julien Coupat (les saboteurs de la Sncf en France, ndlr), et se dissolvent immédiatement après. L'un des membres de la "Conspiration des cellules de feu" devait être francophone... Dans les années 1980-1990, les attentats qui voulaient toucher les intérêts français visaient plutôt les succursales des banques françaises à Athènes. Pas l'agence de l'AFP...

Jean-Yves Camus. Les anarchistes appartiennent à cette mouvance informelle de gens habitués à la guérilla urbaine, que l'on rencontre notamment dans les rassemblements altermondialistes en marge des grands sommets internationaux. Mais il existe en Grèce une longue tradition d'activisme de l'ultra gauche, encore très actif malgré le démantèlement de deux groupes en 2003-2003. Parmi eux, le mouvement Lutte révolutionnaire, inscrit sur la liste des organisations terroristes par l'Union européenne après la série d'attentats commis à Athènes en 2003, et qui a revendiqué l'attentat à la roquette perpétré en janvier 2007 contre l'ambassade des Etats-Unis.

Comment expliquer la forte mobilisation de la jeunesse grecque?

CC. Ce fait divers a été l'étincelle. Toutes les villes universitaires sont parties au quart de tour. Les jeunes et les universitaires y ont vu l'occasion de sortir leur révolte face à l'incurie du gouvernement. Le désengagement de l'Etat est très important depuis quelques mois, les jeunes diplômés ont du mal à trouver un emploi, et commencent avec des salaires très bas.

JYC. La gauche de la gauche est encore forte en Grèce et la jeunesse reste assez politisée. Or, la domination des deux principaux partis (Nouvelle Démocratie au pouvoir, centre droit, et Pasok, gauche, ndlr) laisse assez peu d'espace à l'expression des alternatives. Les anarchistes ont utilisé ce fait divers pour s'inscrire dans une contestation politique plus large.

Comment le gouvernement peut-il sortir de la crise?

CC. Le gouvernement doit calmer la situation et laisser occuper les facs. Puis négocier avec le mouvement étudiant, s'il s'organise, ainsi qu'avec les syndicats. La grève générale de mercredi aura valeur de test. Il faut attendre de voir si elle est massive, si elle ne touche que le public ou si le privé y participe.

Le Premier ministre Costas Caramanlis peut-il être déstabilisé par ce mouvement?

CC. Même si l'écart se resserre dans les derniers sondages entre le gouvernement et l'opposition, le Pasok n'est pas crédible, et ne représente pas une alternative désirée dans l'opinion publique. D'ailleurs, malgré les critiques très sévères à l'encontre du gouvernement et de sa gestion après les incendies de 2007, Costas Caramanlis a été réélu. Les socialistes aussi sont englués dans des affaires. Une chose est sûre, on assiste de plus en plus à un désenchantement par rapport à la politique en Grèce.

JYC. Fragilisé oui, déstabilisé non. Le mouvement lycéen et universitaire est à mettre en regard de ce qui se passe dans d'autres pays. En Italie aussi, la réforme du système éducatif a mis des milliers de personnes dans les rues.

* Christophe Chiclet est journaliste et historien, spécialiste des Balkans. Il est membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée.

** Jean-Yves Camus est politologue, chercheur associé à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), est spécialiste des mouvements extrémistes.

*** Ce groupe inconnu auparavant a revendiqué un mini-attentat commis contre l'agence AFP d'Athènes le 4 décembre, "en solidarité avec les camarades français".

Monday, 8 December 2008

"Le climat est très lourd en Grèce, ce n'est pas fini!"

L'Express.fr - 8 décembre 2008

Des manifestations sont attendues lundi dans plusieurs villes de Grèce, alors que le pays s'est embrasé après la mort, samedi soir, d'un adolescent de 15 ans, abattu par un policier à Athènes. Et "ce n'est pas fini", d'après Nefeli Tzanetakou, animatrice d'une émission francophone à la radio internationale d'Athènes, qui explique les raisons de cette "explosion" de violences.

Le calme est-il revenu, ce matin, à Athènes et en Grèce?

Ce matin, oui, les rues étaient plus calmes. Mais maintenant, les lycéens se sont remobilisés en s'envoyant des SMS et des manifestations spontanées ont lieu dans le centre d'Athènes. Les avenues centrales sont bloquées. Les agents de l'équivalent de la RATP d'Athènes occupent des wagons et troublent la circulation. Quant au reste de la Grèce, de nombreuses villes sont touchées, des villes importantes comme Salonique, mais aussi de plus petites.

La mort d'un jeune de 15 ans, tué par balles lors d'une manifestation samedi soir à Athènes, est à l'origine de ces troubles... Comment expliquez-vous un tel embrasement?

C'est une véritable explosion, effectivement. En novembre 1985, déjà, la mort d'un manifestant lors des commémorations de la chute de la junte militaire avait provoqué une vague de manifestations. Mais pas de cette ampleur ni avec la même violence. Si aujourd'hui la mort d'un étudiant entraîne une réaction si forte, c'est parce que le climat économique, social et politique est lourd en Grèce.

En quoi la situation économique, sociale et politique est-elle difficile actuellement?

La crise financière ébranle la Grèce. Les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage qui augmente et l'avenir des lycéens qui manifestent, s'il n'est pas bouché, s'annonce en tout cas très difficile. Alors que les gens ont du mal à vivre, des scandales de corruption éclatent. Depuis deux semaines, les révélations se multiplient, par exemple, au sujet de milliards volés par l'église orthodoxe.

Compareriez-vous ces émeutes à celles qu'a connues la France en 2005?

Les jeunes Grecs réagissent à une situation qui les écoeure, des voitures brûlent, des magasins sont détruits... En cela, ces émeutes sont comparables. Cependant, les manifestations n'ont pas lieu dans les ghettos ou les banlieues, mais dans le centre des villes. Et le mouvement est bien plus large.

C'est-à-dire?

On évoque une allégeance anarchiste de ces jeunes mais, si les anarchistes soutiennent les manifestations, le mouvement les dépasse. Ce sont des jeunes démoralisés qui viennent de toute sorte d'établissements, y compris du lycée français d'Athènes dont les élèves ne sont pas franchement des habitués des manifestations! Ils sont soutenus par les professeurs, la fonction publique qui se met en grève générale, tous les partis et même des représentants de la droite.

Que dénoncent-ils?

Ils sont tous unis pour dénoncer le pouvoir de la police, le gouvernement conservateur de Konstantínos Karamanlís, les politiciens déconnectés de la vié quotidienne... Le policier qui a tué le jeune manifestant a très mal réagi. Mais de façon plus large, la police a très mal anticipé ces manifestations. Alors qu'elle savait qu'elles auraient lieu, dans le climat actuel et après les commémorations du 17 novembre.

Quant au gouvernement qui a également mal préparé sa réponse à ces manifestations, il fait profil bas et présente ses condoléances à la famille du jeune. Le ministre de l'Education a décrété deux jours de deuil national au cours desquels les écoles seront fermées. Je pense qu'ils vont tout faire pour mettre en lumière cette affaire. Mais certains disent déjà que cette attitude est hypocrite.

Pensez-vous que ce mouvement va durer?

Ce n'est pas fini... Les manifestants font état de provocations verbales de la part de la police envers les jeunes, alors qu'ils devraient tenter de calmer le jeu. D'autres marches devraient avoir lieu, improvisées ou à l'appel des partis politiques, et une grève générale prévue de longue date, mercredi, devrait permettre, de nouveau, de mettre en avant leurs revendications.

Propos recueillis par Marie Simon.

Source: L'Express.fr
URL: http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/le-climat-est-tres-lourd-en-grece-ce-n-est-pas-fini_720159.html

Grèce: émeutes à Thessalonique, barricades à Athènes


La Presse Canadienne - 8 décembre 2008

THESSALONIQUE, Grèce — Nouvelles scènes d'émeutes en Grèce, après la mort d'un adolescent tué samedi soir par un policier à Athènes. Des jeunes lançaient des pierres ce lundi sur un commissariat de Thessalonique, la deuxième ville du pays, où les policiers répliquaient par des tirs de gaz lacrymogènes.

A Athènes, où des manifestations étaient prévues plus tard dans la journée, des lycéens ont érigé des barricades dans les rues. Des étudiants occupaient deux campus universitaires ainsi que le consulat allemand.

D'après les autorités, 37 policiers ont été blessés par des projectiles à Athènes durant le week-end. Près d'une trentaine d'autres personnes, manifestants ou passants, ont été soignées dans divers hôpitaux du pays.

Eclaboussé par des scandales financiers, le gouvernement conservateur du Premier ministre Costas Karamanlis est de plus en plus impopulaire, notamment en raison de ses réformes économiques. Son parti, la Nouvelle Démocratie, ne dispose actuellement que de 151 députés sur les 300 sièges que compte le Parlement. De 152 après les législatives anticipées de septembre 2007, sa majorité s'est récemment réduite, M. Karamanlis ayant congédié un député qui avait ouvertement critiqué son gouvernement.

Désormais et pour la première fois depuis huit ans, les socialistes sont constamment en tête dans les sondages.

Lundi à Thessalonique, des bandes de jeunes renversaient des poubelles et les incendiaient. Ils brisaient des vitrines de magasins et lançaient des pierres sur un commissariat.

Le mouvement de colère a été déclenché par la mort d'Alexandros Grigoropoulos, 15 ans, samedi soir dans le quartier athénien d'Exarchia.

Deux policiers disent avoir été pris pour cibles par une trentaine de jeunes et avoir alors tiré une grenade assourdissante et trois coups de semonce. Cependant, des témoins contredisent leur version, affirmant qu'un policier a visé les protestataires.

Les deux agents ont été arrêtés et inculpés, l'un de meurtre et l'autre de complicité.

La dernière fois qu'un jeune avait été abattu par la police, lors d'une manifestation en 1985, les émeutes avaient duré des semaines.

Lundi matin, à Veria, à une soixantaine de kilomètres de Thessalonique, quelque 400 lycéens affrontaient à coups de pierres la police anti-émeute qui répliquait par des gaz lacrymogènes. Des violences étaient également signalées à Trikala, dans le centre de la Grèce, où un officier aurait été blessé.

Des manifestations étaient prévues à travers tout le pays, notamment à Larissa (centre) et sur l'île de Corfou.

A Athènes et au Pirée, les écoles restaient fermées lundi en signe de deuil.

Dans la capitale, des lycéens ont bloqué des rues en érigeant des barricades. Des dizaines de jeunes occupaient deux universités. La loi grecque interdit à la police d'entrer dans les campus.

L'Association des officiers de police a présenté ses excuses à la famille d'Alexandros Grigoropoulos. Le président grec Karolos Papoulias a envoyé un télégramme de condoléances à ses parents. "Cette mort a porté un coup à tout le pays", écrit-il. "Je suis certain que les responsables devront rendre des comptes."

Source: La Presse Canadienne
URL: http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5gnTucMH8FbG4P_UxBuaG3LP4eFzQ

Une mosquée détruite par le feu dans l'entité serbe de Bosnie


Le Monde (AFP) - 8 décembre 2008

Une mosquée a été détruite par le feu dans l'entité serbe de Bosnie, a indiqué lundi la police, alors que les leaders religieux et politiques musulmans bosniaques ont dénoncé un "acte terroriste".

La police a été informée lundi dans la matinée qu'une mosquée a brûlé dans la municipalité de Gacko (sud), a dit un porte-parole de la police à l'AFP.

Des policiers ont été dépêchés sur place, a-t-elle ajouté, sans être en mesure pour l'instant de dire s'il s'agissait d'un incendie criminel ou d'un accident.

Parallèlement, les leaders de la Communauté islamique de Bosnie ont fermement protesté contre ce qu'ils qualifient d'"acte terroriste".

Dans un communiqué publié par l'agence de presse islamique MINA, ils ont appelé les autorités à "prévenir ce genre d'actes terroristes et à assurer la sécurité tout comme les conditions nécessaires pour une vie pacifique et digne sur l'ensemble du territoire de la Bosnie".

Depuis la fin de la guerre intercommunautaire de 1992-95, la Bosnie est formée de deux entités, l'une serbe et l'autre croato-musulmane, unies par de faibles institutions centrales.

Après l'incendie, l'imam local Hussein Hodzica a déclaré être convaincu qu'il s'agissait d'un incendie criminel.

"Il n'y avait pas de chauffage ou d'appareils électriques dans la mosquée et cela ne peut pas être la cause de l'incendie. Cela a été fait par une personne", a-t-il dit à la télévision nationale (BHT).

De son côté, le Premier ministre de l'entité croato-musulmane, Nedzad Brankovic, a fait part de sa "consternation" et souligné que cet acte de "vandalisme", a été perpétré alors que les Musulmans célèbrent leur plus grande fête, l'Aïd el-Kébir.

"Incendier une mosquée (...) au moment où les fidèles devaient faire leur devoir religieux est une preuve qu'il existe toujours des forces rétrogrades qui souhaitent empêcher le rétablissement de la confiance" entre les communautés de Bosnie, a-t-il dit dans une lettre adressée aux dirigeants serbes bosniaques. M. Brankovic leur demande d'identifier et punir ceux qui sont derrière l'incendie.

Même si le conflit a pris fin il y a treize ans, des tensions subsistent entre les principales communautés du pays -- musulmane, serbe et croate --, qui se sont fait la guerre.

Sur les 3,8 millions d'habitants de cette ex-république yougoslave, environ 40% sont Musulmans, 31% Serbes chrétiens orthodoxes et 10% Croates chrétiens catholiques.

Source: Le Monde.fr (AFP)
URL: http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37829575@7-37,0.html

Sunday, 7 December 2008

Le malaise grec éclate au grand jour


La Tribune de Genève - 8 décembre 2008

Andreas, 15 ans, était le fils d’un ingénieur et d’une bijoutière du quartier huppé de Kolonaki. Ce n’était ni un extrémiste ni un marginal. Samedi soir, il se trouve pourtant parmi le groupe qui jette des pierres contre un véhicule des «gardes spéciaux» qui circule dans le quartier universitaire d’Exarchia près du centre d’Athènes. Un acte de défiance vis-à-vis de policiers qui ont la réputation d’être embauchés sur favoritisme politique? Le véhicule s’arrête, un policier sort et tire à trois reprises en direction d’Andreas. Mortellement touché à la poitrine l’adolescent s’écroule. Les blogs aidant, dans la nuit de samedi à dimanche l’information circule comme une traînée de poudre. Des incidents éclatent aussitôt dans plusieurs villes universitaires: Thessalonique en Macédoine, Ioannina en Epire, Patras et Tripoli dans le Péloponnèse, Héraklion Hania et Rethymno en Crête, Komotini en Thrace, mais aussi dans des îles comme Corfou et Mytilène. Des voitures, des magasins et des postes de police sont incendiés tout au long du week-end. Des affrontements ont eu lieu avec la police un peu partout. Les plus violentes que la Grèce ait connues depuis de nombreuses années. Le bilan des incidents est d’au moins 34 blessées, dont une femme dans un état grave et quatre policiers.

Génération 700 euros

Andreas appartenait à ce que l’on appelle la génération des 700 euros. Peu politisée, elle exprime sa révolte lors de matchs de football ou lors de manifestations. Une violence révélatrice d’un malaise plus profond. La société grecque est en crise. Une crise économique doublée d’une crise des valeurs. A force de voir les incidents se répéter, on redoutait une bavure. Depuis le secrétaire général du syndicat des policiers jusqu’à la députée du parti communiste grec, Liana Kanéli, nombreux sont ceux qui soulignaient depuis quelque temps que «la mort allait être un jour au rendez-vous» .  £Dans le pays, la confiance n’est plus là. A peine un an et demi après son élection, le gouvernement conservateur de Costas ­Caramanlis fait face à des scandales à répétition. Le dernier en date implique le Mont-Athos et des moines hommes d’affaires. Même l’Eglise orthodoxe à laquelle appartiennent plus de 80% de la population est mise en cause . Hier, tous les partis, y compris celui d’extrême droite, ont condamné l’acte du policier qui a été arrêté pour «homicide volontaire». Après les émeutes, la gauche et le mouvement pour les droits de l’homme et du citoyen ont participé à des manifestations à Athènes et Thessalonique. Mercredi est prévue une grève générale de vingt-quatre heures à l’appel des syndicats. Tout le monde attend avec inquiétude cette journée. La mairie d’Athènes a annulé la cérémonie d’allumage de l’arbre de Noël.

Caroline Vallois-Yotis

Source: La Tribune de Genève
URL: http://www.tdg.ch/actu/monde/malaise-grec-eclate-grand-jour-2008-12-07

Friday, 5 December 2008

Un enquêteur français à Srebrenica


Le Monde - 5 décembre 2008

Le commissaire Jean-René Ruez a passé six années de sa vie à enquêter, pour le compte du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, sur le massacre de Srebrenica. Son expérience a donné lieu à un film de fiction diffusé en novembre sur Canal+, avec Benoît Magimel dans le rôle du commissaire. Sur le policier réel, le journaliste Morad Aït-Habbouche a réalisé un reportage qu'on pouvait voir jeudi 4 décembre dans "Envoyé spécial", sur France 2. Après la prise de Srebrenica par les Serbes de Bosnie, en juillet 1995, huit mille hommes, tous musulmans, ont été exécutés par les hommes du général Mladic. La ville de Srebrenica était alors sous la protection théorique des Nations unies. Des images ont été retrouvées récemment qui montrent quelques-unes de ces exécutions. Elles ont été prises par les militaires serbes eux-mêmes. "Ils les font avancer un par un. Celui qui est derrière regarde. Il voit les autres tomber. Il attend son tour", commente le policier français. "Ces images sont un pâle reflet de ce qui s'est passé sur d'autres scènes d'exécution beaucoup plus massives", ajoute-t-il. On voit Mladic parler en public peu après son entrée dans Srebrenica. Trente mille Musulmans sont alors regroupés dans la ville. Mladic leur prodigue des paroles rassurantes pendant que ses soldats font le tri : "Les hommes d'un côté, les femmes de l'autre."

Les hommes sont parqués dans une grande maison, puis emmenés par vagues successives, en autobus, à proximité pour y être tués. On voit un de ces sites d'exécution, un hangar agricole sur les murs duquel subsistent des traces de sang. Un paysan musulman aujourd'hui âgé de 62 ans, Hakija Husseinovic, est un rescapé de ce hangar. Il a été laissé pour mort sous les cadavres. Il est revenu vivre dans sa ferme, la peur au ventre. "Qui n'aurait pas peur à ma place ? J'aimerais bien le rencontrer, celui-là !", dit-il. Son témoignage, recueilli par le policier français, a permis de faire condamner sept des tueurs du hangar à des peines allant de 5 à 40 ans de prison. Mais il reste des centaines de tueurs en liberté. On voit l'un d'eux tranquillement installé chez lui avec sa famille, alors qu'il a été formellement identifié comme le chef d'un commando qui a exécuté 1 200 personnes le 16 juillet 1995 dans la ferme de Branjevo. "Pour chaque prisonnier abattu, il a promis 7 marks à ses hommes, soit 4 euros", raconte le policier français. Celui-ci a procédé à d'innombrables exhumations et au lent travail d'identification des victimes. Le reportage se termine avec la cérémonie organisée à Srebrenica pour l'inhumation des corps de 612 personnes identifiées. C'est le seul moment où l'on voit le policier français se détourner un moment pour cacher son émotion.

Dominique Dhombres

Source: Le Monde (édition du 6 décembre 2008) + site internet lemonde.fr: http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/12/05/un-enqueteur-francais-a-srebrenica-par-dominique-dhombres_1127338_3232.html

La police serbe perquisitionne la maison du fils de Ratko Mladic



Associated Press - Jeudi 4 décembre 2008

Des policiers serbes ont perquisitionné jeudi le domicile belgradois du fils de Ratko Mladic, ainsi que quatre autres lieux dans la capitale serbe.

Ces opérations menées sur commission rogatoire d'un juge de Belgrade, interviennent dans le cadre des efforts déployés par le gouvernement serbe en vue d'arrêter Ratko Mladic, l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, recherché par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide pendant la guerre de Bosnie (1992-1995) et en premier lieu le massacre de 8.000 musulmans dans l'enclave de Srebrenica à l'été 1995.

Des dizaines de policiers encagoulés, vêtus de gilets pare-balles et armés de mitrailleuses ont pris position jeudi devant le domicile de Darko Mladic, tandis que d'autres perquisitionnaient le logement.

Plusieurs jeunes gens ont quitté la maison sous escorte mais aucun ne correspondait à la description du fils de l'ancien chef militaire bosno-serbe.

Un représentant du gouvernement, Rasim Ljajic, a déclaré que les autorités cherchaient des "indices, des preuves, des documents ou tout autre (élément) qui pourraient (les) conduire à Ratko Mladic".

Il a précisé que l'objectif était également également de couper le criminel de guerre présumé de ses soutiens financiers. Les autorités estiment que Darko Mladic, riche homme d'affaires, est la principale source de financement de son père.

D'après M. Ljajic, les perquisitions vont se poursuivre jusqu'à ce que Mladic et un autre fugitif -l'ancien leader des Serbes de Croatie Goran Hadzic- seront arrêtés. Les opérations des forces de police viseront d'autres secteurs de Serbie au cours des prochains jours, a-t-il dit.

En juillet, les autorités serbes ont procédé à l'arrestation du chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, également inculpé de génocide, et ont remis le suspect au TPIY de La Haye.

Source: Yahoo Actualités avec AP
URL: http://fr.news.yahoo.com/3/20081204/twl-serbie-justice-tpyi-mladic-1be00ca.html

Thursday, 4 December 2008

L'OTAN voudrait accueillir l'Albanie et la Croatie en 2009


Xinhua - 3 décembre 2008

BRUXELLES - Les ministres des Affaires étrangères de l'OTAN, qui se sont réunis depuis mardi à Bruxelles, ont émis le souhait mercredi de voir l'Albanie et la Croatie se joindre à l'alliance en avril 2009.

"Lors de notre sommet de l'an prochain, nous avons pour objectif d'accueillir l'Albanie et la Croatie en tant que nouveaux membres de l'alliance", peut-on lire dans un communiqué adopté par les ministres des Affaires étrangères de l'OTAN après deux jours de travaux à Bruxelles.

"L'Albanie et la Croatie ont déjà accompli des réformes importantes et font des contributions importantes à notre sécurité ", ont-ils dit.

Le prochain sommet de l'OTAN prévu pour avril 2009 à Strasbourg, en France et Kehl, en Allemagne, coïncide avec le 60e anniversaire de l'Alliance. L'adhésion des deux pays des Balkans occidentaux devrait ajouter de la fanfare à la célébration.

Les pays de l'OTAN ont signé les protocoles d'adhésion avec l'Albanie et la Croatie en juillet 2008. Les ministres ont appelé les Etats membres à accélérer la ratification des protocoles afin que ces deux pays peuvent se joindre officiellement à l'OTAN lors du prochain sommet.

Source: Xinhuanet
URL: http://www.french.xinhuanet.com/french/2008-12/04/content_773427.htm

Tuesday, 2 December 2008

L'UE prend le relais de l'ONU au Kosovo sur fond de manifestation albanophone


Associated Press - 2 décembre 2008

La mission de justice et de police de l'Union européenne (EULEX) a pris officiellement le relais des Nations unies mardi au Kosovo sur fond de contestation: quelque 3.000 albanophones ont manifesté à Pristina contre son déploiement, évoquant une menace sur la souveraineté de l'ex-province serbe, qui a proclamé son indépendance le 17 février dernier.

EULEX a pris officiellement mardi le relais de la mission des Nations unies au Kosovo (MINUK) mais ne sera pas opérationnelle avant la semaine prochaine, ont précisé des responsables de l'UE au Kosovo. Cette mission de quelque 2.000 hommes est censée aider les autorités du Kosovo à garantir l'Etat de droit et les droits de la minorité serbe.

La neutralité annoncée d'EULEX sur la question de l'indépendance autoproclamée du Kosovo irrite dans la majorité albanophone. Elle avait été demandée par les membres de la minorité serbe du petit territoire.

Albin Kurti, un des organisateurs de la manifestation, juge cette attitude inacceptable pour les albanophones, qui veulent que le Kosovo soit reconnu comme un Etat au niveau international. L'indépendance du Kosovo a été reconnue à ce jour par 52 pays.

A Pristina, les manifestants ont défilé avec des drapeaux albanais et des messages hostiles à la mission européenne. "Non à EULEX" et "le Kosovo dans l'UE et non sous la coupe de l'UE", pouvait-on lire sur des pancartes.

Des manifestants ont également peint "EULEX fabriquée en Serbie" sur les murs du siège de l'ONU à Pristina. "Nous manifestons pour la souveraineté du Kosovo, pour l'intégrité territoriale", a déclaré Albin Kurti. "Nous voulons devenir un pays normal avec un développement économique, pas une nouvelle Bosnie ou pire."

Et d'ajouter: "les policiers, juges et procureurs de l'UE bénéficieront d'une immunité judiciaire et seront également au-dessus des lois. Ils vont venir ici avec une mission neutre sur la question du statut (du Kosovo) et cela n'est pas acceptable pour nous."

Les manifestants estiment que le déploiement de la mission risque de conduire à une fracture du Kosovo entre communautés albanophone et serbe. EULEX devait initialement se déployer peu après la proclamation par le Kosovo de son indépendance, mais son arrivée a été retardée en raison des vives objections de la Serbie, qui affirme que le Kosovo fait toujours partie intégrante de son territoire.

Belgrade et Pristina ont finalement accepté, à contrecoeur, de coopérer avec la mission européenne, mais le statut du petit territoire demeure une pomme de discorde.

Par ailleurs, un général de l'armée serbe a annoncé mardi que la Serbie cherchait à modifier l'accord conclu avec l'OTAN qui a mis fin à la guerre au Kosovo (1998-99). Zdravko Ponos a précisé que Belgrade voulait l'abolition d'une zone tampon entre la Serbie et le Kosovo instaurée par l'OTAN.

Cette zone de 25 kilomètres de large a été créée pour prévenir toute tentative serbe de reprendre le Kosovo par la force. Aucun avion militaire serbe n'a le droit de la survoler et les soldats serbes ont besoin d'une autorisation spéciale pour y entrer.

"Beaucoup de choses ont changé" depuis la fin de la guerre il y a dix ans, a expliqué sur l'antenne de la radio serbe B-92 le général Ponos, ajoutant que les forces de l'OTAN stationnées au Kosovo n'étaient plus des ennemies de la Serbie.

A Bruxelles, le porte-parole de l'OTAN James Appathurai a précisé que cette demande serbe n'avait pas fait l'objet de discussions et encore moins d'une décision au sein de l'Alliance atlantique.

Source: Yahoo Actualités avec AP
URL: http://fr.news.yahoo.com/3/20081202/twl-kosovo-ue-police-0ef7422.html