Wednesday, 21 January 2009

Kosovo, un Etat en devenir


JDD.fr - 21 janvier 2009

Par Marianne ENAULT

Un président, un Parlement et bientôt... une armée. Ou plutôt une force de sécurité. Après sa proclamation unilatérale d'indépendance il y a onze mois, le Kosovo se dote d'institutions propres. Cette nouvelle force, lancée mercredi, est soutenue par l'Otan. Mais l'Alliance atlantique est dans une position difficile: certains de ses membres n'ont pas reconnu l'indépendance de la province albanophone.

"Etat indépendant, souverain et démocratique." Le 17 février dernier, le Kosovo déclarait unilatéralement son indépendance. Bien que rejetée par la Serbie - qui entend garder sa souveraineté sur ce territoire - ainsi que par plusieurs pays, eux-mêmes en proie à des mouvements séparatistes - dont l'Espagne -, elle est de facto entrée en vigueur. Après son drapeau, l'Etat kosovar va se doter d'une armée. Ou presque. Il s'agit en fait d'une Force de sécurité du Kosovo (FSK), lancée mercredi.

La FSK remplacera la Force de protection du Kosovo, organisation paramilitaire essentiellement constituée d'anciens rebelles albanophones de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), qui a combattu l'armée serbe durant la guerre de 1998-1999. "Elle sera placée sous la tutelle des autorités kosovares mais l'Otan aura pour rôle de s'assurer qu'elle est ce qu'elle doit être: contrôlée démocratiquement, multiethnique et conforme aux normes juridiques appropriées", a précisé un porte-parole de l'Alliance atlantique, James Appathurai. Le général Sylejman Selimi, ancien rebelle, prendra la tête de cette force composée de 2500 hommes et 800 réservistes.

Sa capacité devrait toutefois être limitée: ni chars, ni pièces d'artillerie lourde, ni flotte aérienne. Dans un premier temps, elle se verra confier des tâches de déminage et de protection civile. Selon des experts, il lui faudra plusieurs années avant de devenir pleinement opérationnelle. Mais le symbole est de taille. Le lancement de la FSK constitue un peu plus l'Etat kosovar. La réaction de la Serbie n'a donc pas tardé. Son ministre de la Défense, Dragan Sutanovac, a jugé cette création "absolument inacceptable".

Procédure devant la CIJ

Belgrade considère toujours le Kosovo comme sa province méridionale et conteste devant la Cour internationale de justice (CIJ) la légalité de cette indépendance. A l'initiative de la Serbie, l'Assemblée générale de l'ONU s'est d'ailleurs prononcée en février dernier en faveur de la saisine de la CIJ dans ce dossier. Le vote a été acquis à une majorité de 77 pays contre six, dont les Etats-Unis et l'Albanie, et 74 abstentions. La plupart des pays européens se sont abstenus sauf Chypre, la Slovaquie, la Roumanie, la Grèce et l'Espagne, qui n'ont pas reconnu l'indépendance de la province serbe à majorité albanophone. Les pays qui ont reconnu l'existence du Kosovo - une cinquantaine dont les Etats-Unis -, eux, craignent que le délai de deux à trois ans nécessaire pour que la CIJ rende un avis juridique circonstancié ne retarde l'intégration du Kosovo sur la scène internationale.

Dans ce contexte, le doter d'une force de sécurité sert donc sa légitimité. Mais l'Otan, ou plutôt la KFOR, sa force présente sur place - qui compte 15 000 hommes -, se trouve toutefois dans une situation compliquée. Elle doit ainsi former la nouvelle force kosovare alors même que certains de ses membres, dont l'Espagne, ne reconnaissent pas l'indépendance de la province albanophone. Madrid a ainsi fait savoir qu'elle ne participera pas à la formation des hommes de la FSK. Mais l'Otan n'a guère le choix puisque la formation de cette nouvelle force s'inscrit dans le cadre d'une réforme de la présence militaire internationale dans l'ancienne province serbe. Celle-ci a en outre abouti au déploiement de l'Eulex, une mission européenne de justice et de police, en décembre.

On comprend mieux pourquoi l'Alliance atlantique préfère parler de "force de sécurité" plutôt que d'armée. Et d'insister sur son caractère multiethnique. La situation sur le terrain l'impose. La ville kosovare de Mitrovica est régulièrement le lieu d'affrontements entre serbes et albanophones. Au début de l'année, de violentes manifestations avaient éclaté après qu'un adolescent serbe a été blessé à l'arme blanche par deux jeunes albanais. Environ 20 000 Serbes vivent dans le nord de la ville et considèrent toujours Belgrade comme leur capitale, refusant de reconnaître la légitimité des autorités kosovares.

Source: LeJDD.fr avec Reuters
URL: http://www.lejdd.fr/cmc/international/200904/kosovo-un-etat-en-devenir_180943.html

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