
Traduit et arrangé par Grégoire Cayé
Mercredi 21 avril 2010
Source : Euractiv.fr
Selon de nombreux observateurs, et alors que des élections générales auront lieu en Bosnie-Herzégovine à l’automne 2010, la situation économique alarmante du pays n’est pas en passe de s’améliorer. Cette situation est principalement le fait de blocages politiques latents dans un pays irrémédiablement divisé sur une base ethnique depuis le dernier conflit des années 90.
A la fin de l’année 1995, l’Accord de Dayton négocié par les Etats-Unis, la Russie et l’Union européenne est venu mettre fin à la guerre en Bosnie (1992-1995) ayant coûté plus de 100 000 vies et ayant provoqué le déplacement d’environ 1,8 millions de personnes.
Depuis cette date, la conduite des affaires institutionnelles et politiques du pays est assurée par les Occidentaux, par l’entremise du Bureau du Haut-Représentant de la Communauté internationale, véritable protectorat maintenu faute de viabilité politique dans le pays. Parallèlement à ceci, les dernières élections locales ayant eu lieu en Bosnie en octobre 2008 ont confirmé les profondes divisions ethniques dans ce pays des Balkans dont l’avenir est pourtant promis à l’adhésion à l’Union européenne.
Lors de ces élections locales, les candidats nationalistes des trois principales communautés ethniques du pays (Serbes, Musulmans et Croates) ont obtenu de très forts scores dans l’ensemble des 149 municipalités, suite notamment à une campagne marquée par la rhétorique nationaliste et l’absence d’intérêt pour les profonds problèmes économiques et sociaux. Ce scrutin a par ailleurs été entaché de lourdes fraudes.
De leur côté, les leaders européens ont averti de nombreuses fois le pays que les luttes politiques continuelles entre nationalistes serbes, croates et musulmans conduirait à éloigner la Bosnie-Herzégovine d’une éventuelle adhésion à l’UE.
Le conflit entre Serbes, Musulmans et Croates ne se pose plus en termes de conflit armé ni de nettoyage ethnique. Toutefois, la combinaison d’une partition de fait, d’obstructions politiques et de pratiques mafieuses de la part des politiciens représentant chaque groupe ethnique resserre considérablement l’étau sur l’économie du pays.
« Que peut-on espérer en termes d’investissements étrangers lorsque nos leaders politiques envoient de si mauvais messages au reste du monde ainsi qu’à leurs compatriotes ? » se demande Svetlana Cenic, économiste et ancienne Ministre des Finances de la République serbe de Bosnie.
Dans les Balkans, seul le Kosovo – que plus de la moitié de la communauté internationale ne reconnaît pas comme un Etat indépendant – est dans une situation économique plus grave, dans le sens notamment où ce pays est encore plus dépendant de l’aide extérieure accordée au compte-gouttes afin de lui permettre de garder la tête hors de l’eau.
Par ailleurs, la crise financière internationale survenue dès l’automne 2008 a creusé la situation de stagnation économique en Bosnie, stagnation dont la cause réside dans l’incapacité des communautés ethniques rivales à réformer les institutions défaillantes issues de l’Accord de Dayton.
Officiellement, le niveau de chômage dans le pays se situe à hauteur de 42% des actifs. En prenant en compte l’économie souterraine, ce niveau se situe aux alentours de 25%.
Toujours selon Svetlana Cenic se confiant à l’agence Reuters, alors que le pays dispose sur le papier d’un marché économique unique (libre-circulation des biens, égalité en termes de droits de douane et de TVA), les acteurs économiques sont contraints, pour pouvoir agir, de verser des pots-de-vin et d’obéir aux politiciens dans les deux principales entités (République serbe de Bosnie, Fédération croato-musulmane). En effet, selon elle : « Les entreprises étrangères doivent se battre afin d’obtenir toutes sortes d’autorisations ainsi que des garanties de ne pas voir leurs activités perturbées voire rackettées ».
Le Premier ministre nationaliste serbe de Bosnie, Milorad Dodik, contrôle étroitement l’activité économique de son fief. La situation est par ailleurs encore plus critique au sein de la Fédération croato-musulmane où les nombreux échelons administratifs doivent être arrosés.
Selon Mladen Ivanic, ancien Ministre des Affaires étrangères ( ?) se confiant à Reuters : « La perception de ce pays est tellement négative que les investisseurs ne veulent pas y prendre de risques ». Toujours selon lui, « Le principal problème n’est pas le système économique mais plutôt le système politique ».
Ainsi, pour les entreprises privées locales, le seul moyen de survivre demeure de rester proche des gouvernements des entités afin de s’assurer une partie des contrats dépendant du budget public.
Le marché domestique de Bosnie-Herzégovine, environ 3,8 millions de citoyens pour un PNB de 4800 dollars par habitant, est trop pauvre pour attirer les investisseurs. Par ailleurs, l’accès vital aux grands marchés voisins que sont la Croatie et la Serbie est empêché par de nombreuses barrières non-tarifaires.
Un forum économique s’étant tenu la semaine dernière dans la ville de Mostar (Bosnie centrale) offre une bonne illustration de la façon dont les politiciens continuent à tromper les acteurs économiques. Venu promouvoir la coopération économique entre les deux anciennes républiques yougoslaves (Bosnie et Serbie), le Président serbe Boris Tadic s’est heurté à la lecture politique donnée par le Président Musulman de la présidence tripartite de Bosnie-Herzégovine, Haris Silajdzic. Ce dernier a en effet averti : « Nous ne devons pas mettre sous le tapis les problèmes du passé ». Les entreprises et dirigeants serbes de Bosnie présents à ce forum sont restés à l’écart de cette discussion.
Le principal potentiel d’investissement dans ce pays montagneux, où patrouillent toujours les forces européennes de maintien de la paix, réside dans l’énergie et les infrastructures. Toutefois, les conflits politiques et l’enrichissement personnel continue de contrecarrer les grands projets.
A titre d’exemple, le géant autrichien de la construction Strabag a été choisi en 2006 par le gouvernement serbe de Bosnie afin de construire une autoroute entre la capitale serbe de Bosnie, Banja Luka, et la ville de Doboj, pour un montant estimé à trois milliards d’euros. Toutefois, Strabag a été rapidement confronté à des problèmes financiers, faute d’acteurs répondant à l’appel d’offre. La Banque européenne pour le Reconstruction et le Développement a quant à elle refusé de participer au projet. Le projet n’a ainsi donc pas démarré.
Quant aux investissements énergétiques, ceux-ci sont bloqués du fait que la Bosnie ne dispose pas d’une grille électrique en fonctionnement et ce, malgré les promesses répétées de levée des obstacles politiques.
Les premiers ministres des deux entités se sont mis d’accord en novembre dernier afin de permettre à l’entreprise Elektroprenos d’agir. Peu de choses ont avancé depuis. Ce blocage pourrait par ailleurs mettre en danger un accord très lucratif entre l’Italie et le Montenegro.
L’Italie et la Russie courtisent les Serbes de Bosnie
Le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, s’est rapproché de Milorad Dodik pour des projets énergétiques conjoints. Ce rapprochement permettrait d’obtenir la participation de la République serbe de Bosnie au projet gazier russe South Stream, concurrent du projet énergétique Nabucco soutenu par l’Union européenne.
Un autre frein à la croissance économique en Bosnie-Herzégovine demeure celui de la propriété foncière. Alors que les autres anciennes républiques yougoslaves ont réformé leurs lois, la Bosnie fonctionne toujours suivant un système au sein duquel le gouvernement est propriétaire de la terre et où les entreprises achètent un droit de construire ou d’usage.
Ce système donne aux politiciens une source énorme de pouvoir, souvent synonyme de corruption. De plus, selon un fonctionnaire international en poste à Sarajevo, l’absence de propriété individuelle limite l’emprunt pour les entreprises et empêche par ailleurs toute forme de croissance.
En ajoutant à tous ces éléments les 400 entreprises d’Etat de la Fédération croato-musulmane, pour lesquelles les dirigeants sont tous nommés au niveau politique, il est facile de comprendre comment le pouvoir continue d’entraver l’économie en Bosnie-Herzégovine.
Alors que de nombres citoyens de Bosnie-Herzégovine semblent mécontents de cet état des affaires, les politiciens nationalistes ont jusque-là réussi à attiser les peurs ethniques à l’approche des élections afin de faire oublier le mécontentement économique.
Et,il ne faut pas compter sur les prochaines élections générales d’octobre 2008 pour que les choses changent à ce niveau.
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